UN TRAIN EN CACHE ASSUREMENT UN AUTRE

« Notre situation géopolitique particulière suscite beaucoup d’opinions habituellement livrées au compte-gouttes, qui passent pour vérité et qui s’ancrent subtilement, sans provoquer de débat. La réflexion actuelle sur le changement statutaire bénéficie de ce timing court, propice à rendre chacun plus attentif, pour confronter les idées qui sont le socle de notre questionnement essentiel : comment envisager un devenir meilleur pour nous, Martiniquais altruistes, dans le décor complexe de Caribéen, d’Européen, de Terrien.

A Diagnostic obscurantiste

C’est une réflexion 1°) qui interpelle aussi bien l’individu avec ses sentiments, sa philosophie de la vie que le collectif dans ses besoins fonctionnels d’organisation 2°) qui aborde deux sujets : notre insertion dans la gouvernance Française et Européenne, et la juste répartition des bienfaits de la vie. Fatalement la lucidité peut manquer pour traiter ce chantier où l’imbrication de ces quatre éléments invite à l’égarement.

Et cet égarement est attirant à voir certains en difficulté entre règlement de compte avec le passé et projection dans l’avenir. A comprendre ceux-là, il y a 2 options, tantôt exclusives tantôt additionnées : 1°) reprendre par dogmatisme le combat présumé inachevé de 1946 2°) imputer les maux qui frappent notre société avant tout à notre relation avec le bloc Européen et singulièrement Français.

La première option est d’une part, un désaveu à ces anciens qui se sont battus pour obtenir ce classement dans le rayon « Être Humain » avec l’essentiel des égalités que cela suppose, d’autre part une incapacité à actualiser la réponse à un exercice perpétuel insinuant l’application à une époque foncièrement différente le schéma calqué il y a 50 ans. Bref il est fait, à l’heure du TGV, l’éloge du train à vapeur qu’on a loupé (à vérifier !) qu’on cherche à rattraper au lieu de changer de mode de transport pour être exact au rendez-vous ?

La deuxième option, d’impact plus important, est encore plus troublante puisqu’il y est question de résoudre nos problèmes économiques et sociétaux par une mécanique de relation avec l’extérieur. Le summum de cette fantaisie étant que cet extérieur nuisible est la tutelle Française et Européenne, reléguant ainsi la mondialisation ultra-capitaliste au rang d’anecdote. Pourtant, le bloc Européen, loin de l’Humanisme parfait, est sans doute celui qui s’en approche le plus à ce jour et refuser de voire ce bloc comme un modérateur des effets néfastes de la globalisation serait irresponsable et indéfendable. Et pourtant, certains y vont sans pudeur avec la volonté subtile – de nier qu’un train peut en cacher un autre – ou bien d’insinuer que le train le plus «inoffensif » n’est pas celui qui est visible au ralenti ou à quai (lien avec l’Europe) mais au contraire celui qui déboule à toute vitesse sur la voie de derrière (mondialisation). Cela est tout aussi obscur et irrationnel que l’autodestruction collective de ces gourous de sectes avec leurs ouailles.

Réponse prospective

Trêve de délire pour en revenir à cette mondialisation bien réelle et pourtant moins saisissable qu’un gouvernement ou qu’un pays bouc émissaire, auquel elle a parfois capacité de dicter sa loi. Une illustration par exemple est de voir se monnayer des contreparties en échange de permissions de tuer des baleines, dauphins, phoques ou …Décidément, cette globalisation là s’accommode, espère, mieux, se frotte les mains de la balkanisation des organisations humaines en une juxtaposition de nationalismes, terreau fertile pour une mondialisation ultra capitaliste et … acculturante avide d’étendre ses tentacules prédatrices.

Face à cela, il y a la Politique avec un grand « P » c’est à dire la capacité de hiérarchiser les contextes pour prioriser les actions. Pour reprendre une terminologie de mauvais goût, à vouloir solder la décolonisation avec une précision chirurgicale, on est prêt à se soumettre et donner un coup de pouce à une mondialisation brutale et antisociale. Etre le décolonisé parfait pour être plus impuissant collectivement et surexposé aux affres de la mondialisation, à quoi cela rimerait il ?. La question posée est : devons nous chercher une singularité isolée de faible représentativité quantitative pour porter un message, ou bien sommes nous en devoir d’abonder et unir nos forces dans un collectif existant pour porter le même message et infléchir les choses ? A moins de douter, par auto-sous estimation, ou de nous exonérer de notre capacité à concourir sans complexe à l’édification d’une humanité plus sociale, nous avons obligation, par un canal qui porte haut et fort plutôt que dans une simili-souveraineté inaudible, à contribuer à l’avenir. DSL croit et propose la voie de l’implication intelligente dans le bloc Français et Européen rempart possible contre la rudesse de la mondialisation à titre de contribution dans le sens Sud-Nord à un devenir meilleur. Ainsi, se rassembler pour un objectif bien repéré, l’ultra capitalisme, ennemi le plus urgent à combattre, est la priorité, les tractations avec des instances Françaises ou Européennes si imparfaites qu’elles soient devenant le suprême du dérisoire. Ne pas repérer cette disproportion d’échelle serait du seul fait de celui qui refuse l’évidence, car les gens les moins avertis l’ont déjà perçu. En bon créole « es nou lé brilé an kay pou éliminé an ratt pou, an final di konte, mété pli alez ko yo sa ki poko té pé, mé ki lé rékipéré ratt la ki vivant ki brilé. En bon Français, transformons cette bonne vieille recommandation connue, en avis actualisé ; « un train en cache assurément un autre »

P. S. Excusons par avance certains qui ne manqueront pas de dénigrer ce propos au prétexte que parler de train en Martinique est une forme d’aliénation.

Alex DOËNS, président de Dynamique Social-Libérale

Décembre 2009