Nulle mort ne peut 

 

Il y a tant de chênes à Atlanta qui gémissent encore

Des champs qui pleurent

Qui chantent aussi

Et qui impriment aux capsules du coton des torsions incroyables !

 

C’est ce mélange

C’est cette torsion

Ce plus insoutenable qui habille l’envol des belles et seules images !

 

Que la mer mieux qu’Histoire te soit douce

Qu’elle te fasse mémoire

Que l’archipel mieux que pays te fasse collier

 

Que ce qui se mélange

dans l’aquarelle et dans Shakespeare

dans les contes le théâtre et les livres

t’organise le trône d’écume

où tu viendras t’asseoir avec le mangot-vert des au-delà du jour.

 

Ô seul langage du sel à la paupière touchée

Ô rire dans l’amitié scellé

Que poésie ne tremble !

Que poésie ne passe !

 

Frère,

à beau dire à beau faire

nulle mort ne sait

quand ce qui reste

se maille à tout ce qui célèbre qui accueille qui embrasse

et qui noue.

 

En nous, nulle mort ne peut.

 

Patrick Chamoiseau, 17 mars 2017