Nous sommes en colère ! L’émotion est vive suite à l’attentat qui a visé ce mercredi 7 janvier 2015 la rédaction de Charlie Hebdo à Paris. Mais l’hypocrisie est aussi au rendez-vous quand les responsables politiques d’ici et d’ailleurs se répandent en chaudes larmes sur la liberté menacée de la presse, une presse qu’ils vilipendent et menacent pourtant à longueur de journée.

L’horreur est au rendez-vous ce mercredi matin. Une rédaction a été prise pour cible par des hommes armés, aux cris de « nous avons vengé le prophète ». 12 personnes sont mortes dans l’exercice de leur métier, de leur passion bien souvent. Mortes « Libre et debout » comme disait Charb, l’un des dessinateurs et animateurs de Charlie Hebdo, tombé ce matin. Le fanatisme a frappé, dans sa forme la plus extrême, la mort, parce que des hommes ont osé critiquer d’autres hommes.

Mais il n’est pas de fanatisme que religieux.  Et les rédactions, où qu’elles soient, connaissent toutes des violence verbales et des agressions quotidiennes, de fanatiques – certes plus domestiques – qui aimeraient tant « clouer le bec » des médias. Tous les jours, ici en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et ailleurs,  des journalistes et des médias sont insultés, et menacés par des responsables politiques, économiques et sociaux, et leurs affidés, de tous bords. Pour Médiapart, pour Le Monde, mais également pour nos médias locaux, « Vendus », « corrompu », « embedded », « sous influence »… les insultes et la violence verbale pleuvent dès lors que des intérêts partisans sont menacés, dès lors que le moindre regard critique n’épouse pas parfaitement les rondeurs de telle pensée aujourd’hui, de telle autre demain.

Eh bien gardez à l’esprit lorsque votre fanatisme domestique s’exprime, que c’est la même dynamique malsaine et bestiale d’intolérance, qui rend le travail des journalistes impossible dans certains pays, permet l’absence de pluralité et l’abrutissement des masses, et qui poussée à son paroxysme a conduit à la mort les journalistes de Charlie Hebdo.

Vous pleurez la liberté menacée de la presse, mais vous êtes vous-mêmes, comme le disait Césaire, ces « assassins d’aube » auxquels nous ne « laisserons pas le monde » !

Franck Sainte-Rose-Rosemond, Directeur de Publication

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