La présentation du projet de Ville II du Lamentin nous a fourni l’occasion de rencontrer l’un des nouveaux venus de l’équipe municipale de Pierre Samot. Nouveau venu, mais déjà positionné à la troisème place de la hiérarchie politique municipale. Lamentinois connu notamment pour son implication dans le domaine sportif, David Zobda a longtemps accompagné le Maire en tant que cadre, avant de franchir le cap de l’action politique directe, et intense.

Après y avoir été cadre durant plusieurs années, vous devenez élu de la ville du Lamentin. Comment vivez-vous ce nouveau positionnement ?

Ce n’est pas un positionnement très évident, notamment pour ceux qui vous entourent. Pour ma part, j’ai très rapidement pris mes marques au sein de l’équipe politique grâce à la confiance des élus, cette même confiance qui m’autorisait déjà en tant que cadre d’importantes marges de manoeuvre pour proposer et mettre en oeuvre les projets, sous leur contrôle. Mais j’ai également ressenti une forme de distance avec d’anciens collègues. Je crois que le fait de changer de statut crée de nouveaux rapports. C’est la fonction qui crée la distance. Cela me paraît normal, mais je fais tout pour diminuer cet impact là. Enfin, si mon implication, ma technicité et ma volonté de faire n’ont pas changé, je dispose de par ces nouvelles fonctions de la capacité à décider plus rapidement, mais je ressens également un peu d’impatience parfois, de ne plus maîtriser complètement la mise en oeuvre des chantiers. Cela dit, le contrôle n’exclut pas non plus la confiance. Il faut trouver un espace intelligent d’échange avec les cadres, partager suffisamment les enjeux avec eux, pour que cette mise en oeuvre soit optimale. Donc je fais confiance d’emblée, mais je n’aimerais pas voir trahie ma confiance. C’est ma conception du travail d’équipe.

Il se disait à une période que le centre de gravité de la Martinique s’était déplacé de Fort-de-France vers le Lamentin ? Quelle analyse faîtes-vous aujourd’hui de cette affirmation ?

Il faut resituer cela dans un contexte, qui était une période difficile au sein de la CACEM. D’abord, il y a eu la crise politique liée à la présidence. Mais surtout, les lamentinois, même s’ils n’attendaient pas qu’un sou donné par le Lamentin soit entièrement réinvesti au Lamentin, avaient à cette époque le sentiment qu’il y avait un vrai déséquilibre entre l’apport du Lamentin à la CACEM, et les réalisations de cette dernière sur la commune. Cette affirmation date de cette période, ou le ressenti du Lamentin était fort vis à vis de la CACEM.
Aujourd’hui, les chiffres, notamment ceux de la taxe professionnelle, indiquent clairement que le dynamisme économique de l’agglomération, la progression de cette TP, provient essentiellement du Lamentin. Mais je ne veux pas enfermer le débat dans des questions de chiffres. Il y a d’autres paramètres, liés aux infrastructures, aux réseaux..et je ne suis pas dans un camp retranché.
Aujourd’hui Fort-de-France semble avoir pris le chemin de la relance de son dynamisme économique, mais cela prend du temps. L’opposition Lamentin/Fort-de-France est partie de querelles politiques très anciennes, qu’il faut définitivement gommer.
Moi je crois qu’il y a un équilibre entre Fort-de-France et le Lamentin, et que c’est la CACEM qui doit permettre une vision globale de développement du Centre. Cela peut paraître prétentieux, mais c’est une réalité : si le centre se développe mal, c’est toute la Martinique qui peut en pâtir. C’est une responsabilité que nous avons vis à vis du pays. C’est cela ma préoccupation, et c’est à cette mission que je suis prêt à m’atteler.

Le Lamentin est-il toujours un territoire aussi fertile qu’il a pu l’être durant les années 90 ? Cette ville qui avait inventé le concept de « marronage institutionnel », qui développait des activités extrêmement innovantes pour l’époque…?

A partir de 1990, Pierre Samot s’est entouré de ce que les gens ont surnommé sa “Dream Team”. Il a restructuré son équipe politique, mais également son encadrement. De jeunes martiniquais diplômés et compétents sont venus à la mairie, à l’OMASS, à la Culture, à la SEMAVIL…et ont rendu possible le projet de Pierre Samot. Il y avait en effet une organisation particulière autour de Pierre Samot, avec des échanges et des réunions régulières, et une vraie émulation. Cela a été un vrai bouillonnement. Le chantier était immense. Cette équipe a réalisé en moins de 10 ans de nombreux projets, avec il est vrai des moyens conséquents. Le Lamentin est désormais bien équipé. Certains de ces cadres sont partis ailleurs réaliser d’autres projets et d’autres ambitions. Mais cette équipe a accompli sa mission. Aujourd’hui, les enjeux et les besoins ne sont plus les mêmes, il y a moins de perspectives, et moins de possibilités financières. Les choses sont plus politisées aujourd’hui qu’hier, et les élus que nous sommes devons savoir pour quoi nous sommes élus. Il nous faut répondre aux attentes des gens : logement, emploi, qualité de vie. Et cette dernière attente est très complexe. Elle touche en priorité selon moi à des questions sociales, identitaires, collectives, davantage qu’à des questions d’équipements.

Vous êtes également élu à la CACEM. Quelle est votre vision de cette collectivité, et de l’agglomération ?

Je suis 3ème adjoint au Maire du Lamentin, et 4ème vice-Président de la CACEM. Je suis donc le premier élu à la suite des quatre maires, et je considère donc être son principal élu référent dans cette collectivité. Au-delà de ce positionnement, j’y occupe également des responsabilités importantes. Je siège à plusieurs commissions, mais je préside notamment les commissions « appel d’offres », et « travaux et équipements ». A ce dernier titre, j’ai un regard sur les grands travaux structurants dans l’agglomération, et bien entendu sur ceux conduits au Lamentin, dont la piscine olympique intercommunale, le pont du calebassier…
J’ai découvert que la CACEM est un outil extrêmement performant, avec des cadres d’une grande qualité. C’est une structure au sein de laquelle je me sens parfaitement à l’aise, parce qu’elle est au cœur de tout ce qui fera la Martinique de demain. Personne ne peut nier que ce qui se fait dans l’agglomération a un impact particulier sur le développement de la Martinique toute entière.
Je vais vous citer quelques chantiers fondamentaux qui illustrent à la fois cette performance, et cet enjeu martiniquais :
En matière de transport, la CACEM a réalisé en peu de temps la prouesse technique de mettre en œuvre un réseau de transports urbains commun aux quatre communes, qui fonctionne plutôt bien. Elle contribue également à la mise en place du TCSP, au travers des gares et des parkings relais.
Les déchets sont à l’origine même de la communauté. Et là aussi la CACEM s’est montrée exemplaire, qu’il s’agisse de collecte, de tri ou de traitement des déchets. Mais elle est aussi le fer de lance de ce qui se fera à l’avenir en la matière. Nous traitons déjà du stockage des déchets ultimes avec les autres communautés. Nous pouvons, par le biais d’une possible troisième ligne d’incinération, centraliser la totalité de l’élimination des déchets non récupérables, et permettre ainsi la résorption des dernières décharges à ciel ouvert.
Plus largement, en matière d’environnement, d’écologie, d’énergies renouvelables, on peut aussi parler d’exemplarité. La CACEM a à la fois des idées et des projets. Elle développe des solutions de production d’énergie – photovoltaïque, vapeur issue de la combustion – qui représentent une part significative de la production électrique en Martinique. Nous venons également de signer un contrat de baie, outil partenarial destiné à identifier les sources de pollution de la baie, à les arrêter, et à dépolluer.
Enfin, il en va de même en matière de développement économique. 4 zones d’activités sortent de terre dans les quatre communes. Ce sont de nouveaux poumons économiques pour la Martinique.

N’y a –t-il pas une forme de concurrence entre la CACEM et la Région à ce sujet, compte tenu parfois de prérogatives similaires, compte tenu aussi du poids démographique et économique de la CACEM ?

En premier lieu, la loi permet à toutes les collectivités d’exercer une clause de compétence générale. Chacune fait donc ce qui lui paraît utile pour son territoire. Je crois néanmoins qu’il faut éviter les concurrences, et qu’il faudrait qu’une véritable volonté d’harmonisation conduise à un schéma global. Je sais que cela ne plaira pas à tout le monde, mais je le dis sans esprit polémique : au-delà de quelques grandes messes, et de la gestion d’outils financiers en partie européens, la Région n’est pas perçue par nombre d’acteurs comme le moteur du développement de la Martinique, alors qu’il s’agit là de sa principale mission. C’est à la Région qu’il faut poser cette question, et c’est à la Région de se poser les vraies questions. Je crois en tous cas que dans ce domaine aussi, il ya de l’espace pour le concensus.


Vous n’avez pas le sentiment d’avoir surgi très rapidement dans la vie politique martiniquaise ?

A première vue oui. Mais à y regarder de plus près, je figurais déjà, dès 1998, en clôture de la liste de Pierre Samot pour les régionales. Mais à cette période, j’avais décidé pour des raisons personnelles de ne pas aller plus avant durant quelques années. Depuis 2005, les conditions sont réunies pour que je m’engage entièrement. Je me suis donc rapproché de Bâtir, et ai commencé à militer avec régularité. En 2006, quand Josette Manin la Secrétaire nationale a souhaité prendre du recul, Pierre Samot m’a proposé à ce poste, et le Congrès du parti a validé cette proposition. Depuis, j’ai eu à coordonner quatre élections importantes : les présidentielles et les législatives en 2007, les cantonales et les municipales en 2008. Et au fil du temps j’ai vu le regard de mes interlocuteurs évoluer. Aujourd’hui, je suis perçu comme un homme politique, qui occupe une place importante aux côtés de Pierre Samot, au cœur de l’action politique, mais aussi du développement de la Martinique.


Comment appréhendez-vous le congrès du 18 Décembre prochain et plus largement la question de l’évolution institutionnelle ? (l’entretien s’est déroulé quelques jours avant le Congrès des élus)

Je considère d’abord que toute logique institutionnelle doit découler d’un projet pour la Martinique. Pour ce qui est des propositions de réforme des collectivités envisagées par le Président de la République, je crois qu’il s’est au moins en partie inspiré de nos situations et de nos expériences. Mais il conduit sa réforme à la fois pour des raisons financières (pour tenter de réduire la DGF* versée aux collectivités, pour réduire les dépenses électorales énormes…) et pour des raisons d’harmonisation avec la volonté européenne de régionalisation. Or ce sont d’autres préoccupations et d’autres contraintes qui guident notre quête d’autonomie. Néanmoins, nous ne nous plaçons pas dans la surenchère. Nous devons nous préparer à cette réforme, et être en capacité de dire ce que nous souhaitons, et ce – même si je sais que ce sera difficile – d’une même voix.
Ce vers quoi nous penchons à Bâtir, c’est une collectivité unique, élue à partir d’un mode de scrutin mixte, et qui nous permette de disposer d‘une forme de souveraineté, avec un maximum de responsabilités, et un lien conservé avec le grand ensemble français et européen auquel nous appartenons. Je dois souligner qu’en 2003 déjà, nous ne faisions pas du mode de scrutin un point de blocage. Nous avions à cette époque milité sans réserve pour le Oui, quand d’autres encourageaient le Non de façon déguisée.

Vous portez un nom connu, et manifestement chargé de sens au Lamentin. Vous en tirez un sentiment particulier ?

Pierre Zobda-Quitman était un personnage reconnu au Lamentin. S’il n’avait pas disparu, c’est sans doute à lui qu’il serait revenu de prendre la succession de Gilbert Gratiant en tant que Maire. Il a beaucoup marqué la vie économique, sociale et politique lamentinoise. Cette filiation, cette stature considérable de l’homme qu’il était, me confère là encore une lourde responsabilité. Je porte un nom qui suscite encore au Lamentin attentes et espérances.
Avec la nouvelle équipe qui entoure Pierre Samot, nous avons pris le témoin de femmes et d’hommes qui n’ont pas démérité. On ne peut pas, et nous n’avons pas le droit de décevoir un espoir qui naît.

* DGF : Dotation Globale
de Fonctionnement

Entretien réalisé en décembre 2008 pour le magazine Politiques Publiques