Nous avons reçu cette tribune de David Nicanor, Martiniquais, et militant socialiste à Reims.

« Quand François Mitterrand a été élu Président de la République, je n’avais que 10 ans.

J’ai découvert la politique avec les socialistes au pouvoir, Mauroy, Fabius, puis Rocard, puis Jospin.

Les épisodes de la droite au pouvoir étant des parenthèses difficiles à passer : années Maunoury-Devaquet et les manifs étudiantes, les charters de Pasqua, les privatisations du gouvernement de cohabitation Chirac puis celles de Balladur et son C.I.P qui nous rappelle un autre C.P.E précarisant les jeunes diplômés.

L’arrogant Juppé et son Plan si impopulaire qu’il engendra, en Décembre 95, la plus grande crise sociale depuis le Légendaire Mai 68.

Raffarin et Villepin continuant ce travail de régression sociale en profitant du recul de la Gauche post mitterrandienne (trois présidentielles perdues).

Bientôt trente ans de vie politique entre 1978 et 2008 donc, où je vois la Gauche construire et la Droite dé-construire, la Gauche tricoter un pull over rose à la France de ceux qui ont froid et la Droite dé-tricoter ce même pull à l’élection suivante, prétextant que nous n’avons qu’à travailler plus pour avoir moins froid ou peut etre moins faim.

Les parcours individuels comptent sans vraiment compter dans ce flots de réformes et de contre-réformes de 35 heures qui nous libèrent du travail, partageant l’emploi, laissant du temps pour la vie de famille, la vie sociale, militante, citoyenne ou associative, sportive, culturelle. Permettant à la Femme et à l’Homme d’être autre chose qu’un outil vivant obligé de vendre sa force de travail intellectuelle ou physique pour assurer sa survie économique.

Ces mêmes 35 heures balayées, détricotées, avec des pans entiers du droit du travail, de l’économie publique ou de l’économie sociale, sacrifiés sur l’autel du libéralisme triomphant avant qu’il ne s’essouffle dans l’actuel crise financière, juste la plus grave depuis 1929.

Dans ce tourbillon politique électoral et réformateur, la plupart des rendez vous démocratiques apportent leurs lots de déconvenues déroutantes et décevantes, entre un Le Pen au deuxième tour de la Présidentielle 2002 ou un Bush élu deux fois de suite (2000 et 2004) tout en étant le plus impopulaire et le plus critiqué de tous les Présidents de l’histoire des Etats Unis. Une élection douteuse en 2000 où l’on n’en finissait plus de recompter des votes électroniques peu fiables avec des systèmes informatiques rétrogrades au pays de Microsoft et d’Internet.

Entre Berlusconi détenteur d’un pouvoir économique qui s’achète le pouvoir médiatique puis politique dans une prétendue démocratie moderne, un Sharon qui génère une autre Guerre des pierres, mettant fin au merveilleux processus de paix construit par Rabin le prix Nobel de la Paix assassiné par un fanatique.

Ces soirées présidentielles où la Gauche française peine à trouver un nouveau souffle post mitterrandien, une opposition qui se fait en Régions, face à une majorité présidentielle surpuissante réformant à tour de bras dans le rythme effréné des journaux télévisés.

On cherche son souffle et une lueur d’espoir, le même espoir suscité par un 10 mai 1981, par une poignée de main entre Rabin et Arafat, entre De Klerk et Mandela, entre Eltsine et Clinton au milieu d’un fou rire entre deux supergrands devenus « amis », enterrant pour un temps des mégatonnes de pouvoir destructif nucléaire.

Ce souffle qui balayerait les malaises des banlieues, qui ferait des millions de travailleurs pauvres se multipliant dans notre pays, des travailleurs pouvant vivre dignement avec leur plein salaire, sans peur d’être licenciés comme on jete des hamburgers perimés, sans peur d’être délocalisés comme des pions sur le Monopoly de la vie, sans peur d’être exploités des vies entières sans la moindre reconnaissance pour leur travail, leur investissement, leur sacrifice à la production d’une société plus riche.

C’est ce type de souffle nouveau que vient d’apporter l’élection de Barack OBAMA dans un pays qui connu l’Esclavage, et la Guerre de Secession -dont on oublie qu’elle fut la plus grande guerre sur le sol américain- qui éclata, entre autre, sur la question de l’Abolition de l’Esclavage.

Dans un pays qui pratiqua la Ségrégation, cet Apratheid du nouveau monde élevé au rang de doctrines politiques rabaissant l’Homme noir au rang de singe sans cervelle, de sous être. Un Barack OBAMA qui avec du sang blanc, noir, mais aussi jaune et rouge, dont la famille est tout aussi américaine qu’indonésienne et kényane, est, une fois élu, la parfaite anti-thèse des thèses racistes qui alimentèrent l’Amérique du Klu Klux Klan, celle qui brûlait les noirs en les pendant comme des Fruits étranges aux arbres du Mississipi ou d’Alabama.

Un vent nouveau, un souffle nouveau.

La Démocratie est une promesse qui dit qu’avec un simple bulletin de vote, on peut provoquer de tels changements, susciter de tels espoirs et apporter de telles réponses au monde dans lequel on vit.

Notre démocratie a besoin, près de trente ans après les espoirs du 10 mai 1981, d’un nouveau souffle, qui soit la réponse aux émeutes des banlieues en 2005, qui soit une réponse au réchauffement climatique, à la percée des pays émergents, à la nouvelle Afrique, non plus celle des obscures dictatures et des guerres inter-ethniques, mais celle de Mandela, de la démocratie mutiraciale, du développement économique et de la responsabilité politque.

Que Marianne redevienne la Grande semeuse de la Liberté, la Patrie des droits de l’Homme et non celle où les sans-papiers se jettent par la fenêtre en voyant arriver nos forces de police.

Cette Marianne là n’a pas encore délivrer tout son message au monde. Il est temps qu’elle le fasse. »

David NICANOR
Militant Socialiste
Reims