Tribune – Groupe de Réflexion des anciens parlementaires* | « Le couplage de l’usine du Galion avec la centrale thermique d’Albioma : Une avancée majeure pour la Martinique et les Martiniquais ».

Très attentifs aux attitudes qu’il convient plus que jamais d’adopter pour faire de notre espace géographique un lieu de vie, les anciens parlementaires que nous sommes, tenant compte du véritable enjeu d’aujourd’hui qui consiste à promouvoir un développement durable, n’avons pas hésité à nous rendre sur le site de l’usine du Galion confrontée à l’exigence d’une transition énergétique pour assurer au mieux, dans le respect des normes, la poursuite de ses activités au profit de notre économie régionale.

Il convenait avant tout de s’assurer que les dispositifs mis en œuvre pour la circonstance l’avaient été dans le cadre du développement durable qui repose à la fois sur un vrai développement économique, le progrès social mais aussi sur le respect de l’environnement qu’il convient de protéger et de valoriser afin qu’il soit viable.

Nul ne saurait ignorer qu’à travers le Galion, la Martinique dispose d’un support d’industrie qui a fait ses preuves depuis la fin du 19e siècle, approvisionnant notre territoire en particulier en sucre, soit environ 3000 tonnes par an nécessaires aux entreprises industrielles martiniquaises, et assurant la promotion d’une filière Canne-Sucre-Rhum de renom, chère à notre population ainsi qu’aux touristes qui y sont attirés. De ce fait, l’avenir des planteurs au nombre de 68 environ aujourd’hui ainsi que d’une trentaine d’industries locales est bel et bien concerné.

Il s’y ajoute l’importance du nombre des emplois stables qui débouchent de ce secteur d’activité qui de plus en plus favorise la formation et assure des débouchés au plus haut niveau.

Comme nous le savons, l’avenir de l’usine du Galion a pu paraitre compromis à l’heure où l’état de la chaudière ne lui permettait plus de fonctionner car il ne fait maintenant aucun doute qu’elle est désormais en fin de vie. Dès la fin de l’année 2017, il a pu être relevé que, au-delà de ses rendements énergétiques largement déficients, les émissions de particules fines, autrement dit de poussière par m3 de fumée, dépassaient amplement les limites prévues par les normes réglementaires, suscitant dès lors des mises en garde de l’État.

Il est apparu à l’évidence que tant la réparation de la chaudière que l’acquisition d’une nouvelle chaudière ne répondraient pas à l’exigence reconnue à l’échelon international d’assurer la transition écologique qui induit la transition énergétique ; plus encore la campagne sucrière n’aurait pas eu lieu en 2018.L’usine du Galion tout autant que les filières qui lui sont attachées risquaient alors d’être mises en danger.

On ne saurait en outre écarter que la question reste posée du niveau d’amiante de l’ancienne chaudière qui pose naturellement problème et qui implique indiscutablement la mise en place d’une étude avant qu’elle ne soit évacuée.

Dans de telles conditions, il est manifeste que la qualité du travail entrepris pour consacrer l’activité de l’usine du Galion dans le respect des normes, la remise en état des lieux ainsi que les résultats attendus sont de nature à justifier que le raccordement de l’usine à Albioma était l’alternative incontournable non seulement en raison de la réduction drastique des émissions de particules toxiques mais encore du niveau nettement plus faible des coûts ainsi que du délai de mise en place de la première étape qui est de l’ordre de 4 mois, même si l’objectif est plus ambitieux. Cette étape qui a débuté en décembre 2017 consiste à réaliser l’ensemble des travaux de raccordement dont la mise en place des tuyaux de connexion appelés à dégager la vapeur.

Il s’avère que c’est aussi, à l’évidence, l’occasion de pérenniser la filière Canne/Sucre/Rhum et d’engager une démarche à forte qualité environnementale et sociale de nature à renforcer la qualité des produits et, au-delà, à procurer au Galion des ressources au plan économique à travers la vente à EDF de son surplus de production d’énergie.

Pour toutes ces raisons nous sommes appelés à reconnaitre que le couplage de l’usine à cette centrale thermique de proximité était bel et bien la solution de nature à permettre de poursuivre l’activité sans la moindre rupture, de garantir une meilleure performance de cette unité industrielle et de répondre aux difficultés liées à l’ancien système sur le plan écologique, économique et sanitaire.

Il s’y ajoute que le coût du plan de modernisation déjà acté par le Conseil d’Administration de la sucrerie sera bien inférieur à celui de la réparation de la chaudière.

Ceci étant, il va bien entendu de soi que nous soyons tous informés de la réalité d’Albioma et de ses antécédents ainsi que du travail déjà accompli par ce groupe dans d’autres territoires tout particulièrement ultramarins. Nous ne saurions l’occulter.

Albioma est un spécialiste de la valorisation énergétique de la bagasse, une société qui compte à l’origine de ses activités un groupe d’ingénieurs issus de la production d’électricité. Ces derniers se sont rendu compte, en examinant la sucrerie de Bois Rouge à la Réunion, qu’il était possible de générer d’importants excédents d’électricité en appliquant à la bagasse les techniques performantes utilisées dans la production d’électricité.

En 1990 la société a conclu un partenariat avec un chef d’entreprise réunionnais dont le groupe Bourbon exploitait la sucrerie de Bois Rouge. La proposition d’Albioma paraissait particulièrement intéressante pour la sucrerie, puisqu’elle consistait en échange de bagasse à approvisionner gratuitement en électricité et vapeur l’usine sucrière : ainsi la sucrerie se trouvait déchargée des charges de production d’électricité tout en bénéficiant d’une fourniture d’électricité plus fiable. Les planteurs de canne à sucre y ont également trouvé leur intérêt puisqu’ils ont pu bénéficier des primes liées à la meilleure valorisation de la bagasse.

De son coté, EDF l’acheteur d’électricité trouvait dans cette installation un moyen d’acquérir de l’énergie propre à un prix compétitif. Afin que le prix du Kwh demeure attractif dans le respect de la transition énergétique, Albioma s’est d’ailleurs éloignée du charbon pour le remplacer par un autre combustible, la biomasse, cela après concertation avec les autorités locales. Ce projet avait en effet été présenté aux élus concernés ainsi qu’à l’ASSAUPAMAR et il a fallu en conséquence faire en sorte qu’il se conforme à l’évolution écologique.

Aujourd’hui, Albioma est une société qui dispose de 735 MW installés. Les installations d’Albioma produisent 52% de l’électricité de l’ile de la Réunion, 42% de l’électricité de l’île Maurice, 28% de la Guadeloupe et 8% de l’électricité de la Martinique. Si la société a connu depuis son origine un développement important, elle reste une société de taille moyenne qui emploie 460 personnes. Albioma est aujourd’hui une société essentiellement domienne peu comparable aux géants de l’énergie que sont Engie, EDF, Total.

Malgré sa taille modeste, les investissements d’Albioma se sont révélés structurants pour la filière Canne/Sucre/Rhum des territoires sur lesquels ils se situent. Ainsi à la Réunion, l’apport de compétitivité apportée aux sucreries de Bois Rouge et du Gol a permis à ces sucreries de résister aux aléas de la conjoncture, alors que les autres sucreries de l’île (Grandbois, Beaufonds) ont été fermées. En 1980, on comptait 21 sucreries à l’île Maurice, il n’en reste que 4 aujourd’hui dont 2 sont associées aux centrales d’Albioma, à la Guadeloupe il ne reste en activité que la sucrerie du Moule dont la pérennité est confortée par la présence d’une installation d’Albioma.

Il importe maintenant de s’interroger sur la finalité de la centrale thermique AG2.

Faut-il préciser que la centrale AG2 succède à une première, dite AG1 qui date de 2007 et fonctionnait au fuel alors que AG2 dont les travaux ont débuté en décembre 2015 est en cours de construction. La Chaine déjà en fonctionnement ne dégage aucune pollution.
A noter par ailleurs que l’importation du combustible utilisé (il s’agit de tous les résidus de l’industrie du bois en provenance des Etats-Unis d’Amérique, dits PELLET) sera diminuée peu à peu par l’utilisation déjà prévue des déchets végétaux, la récupération de la bagasse (matière fibreuse composée de pailles de canne conditionnée de manière compacte) à partir de la sucrerie et des distilleries.

La centrale Galion 2 est la première installation des territoires ultramarins à produire 100% d’électricité verte. Elle permettra de livrer au réseau de notre ile 36,5 MW d’électricité. Il s’agit d’une centrale de base destinée à fournir de l’électricité en continu au réseau martiniquais, qui fonctionnera uniquement à partir de biomasse, un combustible renouvelable. Il est prévu que la centrale fournisse jusqu’à 15% de la production totale d’électricité de l’île soit 230 GWh par an.

La mise en service de AG2 permettra de remplacer les turbines à combustion de la Pointe des Carrières d’une puissance installée de 20MW chacune qui arrivent en fin de vie en 2020. On remplace donc 40 MW d’énergie fossile par 36,5MW d’énergie renouvelable.
La centrale est située sur le site du Galion pour deux raisons : d’une part sécuriser la production d’électricité sur la côte atlantique (c’est souvent cette partie-là qui est touchée par des Incidents de réseau du fait de son éloignement des centres de production de base), d’autre part fournir à la sucrerie du Galion l’énergie dont elle a besoin.

La question se pose aussi du rapport combustion de la biomasse et émission de particules.

Comme AG2 a vocation à être couplée à la sucrerie du Galion de façon à pouvoir brûler sa bagasse, la chaufferie existante qui est obsolète et peu performante n’aura plus lieu d’être ; la quantité de particules effectivement émises sur le site sera ainsi divisée par 4. Cette amélioration vient du fait qu’AG2 est équipée d’un triple système de filtration des fumées.

Ainsi, loin de contribuer à augmenter la quantité de particules émises sur le site, AG2 contribuera à les réduire sensiblement. La cheminée désormais en marche ne produit pas de fumée.

L’étude de la qualité de l’air autour du site du Galion a fait l’objet d’études très complètes que l’on retrouve dans le dossier de demande d’autorisation d’exploiter. Ces études démontrent qu’au niveau du sol la contribution du projet à la quantité de poussière dans l’atmosphère sera au maximum de 1,8 μg/m3, alors que les valeurs réglementaires sont de 20μ/m3. La contribution d’AG2 est donc très faible dans l’absolu.

Qu’en est-il de la consommation d’eau et d’effluent liquide ?

Le prélèvement d’eau pour AG2 se fait dans le canal du Galion qui alimente la sucrerie. Le canal existe depuis le XIX siècle et le prélèvement dans la rivière est indépendant de la mise en service d’AG2. La présence d’AG2 ne change donc en rien la quantité d’eau prélevée dans la rivière du Galion.

De plus, une solution est à l’étude : la réutilisation des eaux de la sucrerie pour alimenter AG2 ce qui éliminera tout prélèvement quand la sucrerie est en fonctionnement, période qui correspond en général à la période d’étiage.
AG2 rejette une partie des eaux consommées dans le canal du Galion, le volume de rejet est faible (14m3/h) et la qualité imposée aux rejets fait qu’ils ne présentent aucun risque pour le milieu naturel.

S’agissant enfin de la synergie avec la sucrerie du Galion, il convient de souligner que le projet s’est installé à côté de la sucrerie du Galion de façon à permettre l’utilisation de la bagasse produite par la sucrerie pour engendrer de l’énergie dans des conditions performantes.

Les avantages de l’association avec la sucrerie sont multiples :

  • Utilisation de la bagasse de façon plus efficace de façon à produire d’importants excédents d’électricité à partir d’une ressource locale
  • Réduction drastique de la quantité de particules émises à l’atmosphère
  • Amélioration de la fiabilité du procédé sucrier et pérennisation de l’outil industriel sucrier, du fait du remplacement de la chaufferie existante frappée d’obsolescence par un équipement neuf
  • Amélioration des performances économiques de la sucrerie par la suppression des chargesd’exploitation et d’entretien de la chaufferie de la sucrerie
  • Possibilité pour les planteurs d’obtenir la prime Bagasse (comme pour la Guadeloupe et la Réunion) du fait de la meilleure valorisation de ce combustible
  • Avantage social par l’envoi d’un signal fort envers la filière pour pérenniser l’activité Canne-Sucre de la Martinique
  • Une économie d’investissement pour les actionnaires de la Sucrerie, le coût du raccordement avec AG2 étant estimé à 7M€ alors que le coût de construction d’une nouvelle chaudière se monte à 15M€.

 

* Guy LORDINOT – Jean MARAN - Anicet TURINAY - Alfred ALMONT - Pierre PETIT - Roger LISE