Dans un texte intitulé « L’Agence Martiniquaise de l’Energie (AME ) a été détruite par les élus du gran semblé pou ba péyi en chans ! « , Daniel Chomet revient sur l’histoire et la dissolution le 14 septembre dernier de l’AME (Agence Martiniquaise de l’énergie), mise en place par la précédente majorité régionale. Des arguments auxquels a immédiatement répondu Louis Boutrin, conseiller exécutif en charge de ces questions. 

Le texte de Daniel Chomet, ancien président d e l’AME | Etre acteur de la transition énergétique passe par le développement de la connaissance et de l’expertise (technique, juridique, économique et financière).

Cette expertise doit être domiciliée chez nous! Elle doit habiter le territoire du projet, que dis-je DES projets.

Cela a été fait avec l’ADUAM en matière d’urbanisme, avec le PARM en matière
d’agro -transformation… et nous devons tous nous en féliciter car il s’agit de conquêtes victorieuses pour la Martinique.

Concrétiser ce souhait en  matière énergétique n’a pas été chose facile mais a pu se réaliser !
l’AME  a été créée de toutes pièces en juin 2012 avec, comme membres fondateurs, La Région Martinique, le SMEM ainsi que l’ADEME .

Cet outil a très rapidement démontré son efficacité :

⁃    Réalisation du 1er observatoire de l’énergie et des gaz à effet de serre.

-   Constitution d’états des lieux précis, accompagnés d’outils de suivi, d’évaluations des politiques et stratégies énergétiques, d’aides à la décision, de suivi de la situation énergétique.

⁃    Participation au développement de la connaissance en matière énergétique (Etudes et recherche scientifique, collaboration avec notre Université )

⁃    Participation à l’émergence de solutions et techniques adaptées au territoire  (Performance photovoltaïque,Prévision de la ressource solaire stockage de l’énergie, intégration du véhicule électrique…..) .

L’agence a par son expertise accompagné l’émergence de projets complexes initiés sous notre mandature , Biomasse au Galion ( achevé )  , éolien avec stockage à Grand Rivière ( en cours d’achèvement) Énergie Thermique des mers   à Bellefontaine ….

En matière de formation l’AME a joué un rôle majeur  en  Accompagnant  la formation aux métiers de l’énergie et en proposant des adaptations aux évolutions techniques .

D’un point de vue réglementaire l’AME a  participé à l’élaboration des textes de l’Habilitation énergie.
Cette Habilitation  a pour la première fois ouvert le droit à la Région Martinique de réaliser des textes ayant  force de loi, sur notre territoire,  en matière énergétique ! Pas moins de 17 textes réglementaires ont été intégrés à la loi française

De manière plus stratégique
l’AME était un partenaire unique puisqu’elle regroupait en son sein des membres  à la fois issus des collectivités : Région, SMEM , «le PNRM et les 3 communautés d’agglomérations ! Mais aussi des acteurs institutionnels incontournables tels EDF ou la SARA .
Ainsi l’AME  accompagnait en cohérence la gouvernance de l’énergie en faisant le lien entre les pouvoirs publics, les
professionnels et les acteurs privés…
Cela permettait aussi de mutualiser les dépenses et les actions à un moindre coût puisque que tous les partenaires publics et privés contribuaient au financement de la structure !

D’un point de vue pratique l’AME avait un statut d’association.Cela lui donnait une grande souplesse et une réactivité que ne peuvent avoir les collectivités publiques.

En 2015,  tout a basculé !
Cet outil  a  constamment été  fragilisé alors que l’Agence Martiniquaise de l’Energie donnait des résultats remarquables , alors que  10 jeunes Martiniquais hautement qualifiés s’impliquaient dans ce projet ambitieux… ouvrant la voie à d’autres ! Et puisque la question de qualité de l’usage des fonds publics est souvent utilisé pour ne rien faire, je rappelle que l’équilibre financier de cette association était parfaitement sain !!

Depuis la mise en place de la CTM, l’agence n’a plus de feuille de route permettant de donner un cap et de valider un programme d’actions … Aucune visibilité, aucune perspective !

C’est un comble pour un outil qui,  depuis 2012,  disposait de programmes annuels élaborés en concertation, votés , mis en œuvre. Les différents rapports d’activité peuvent en attester.
Cependant ,depuis 2016 aucun rapport d’activité n’est paru . pourquoi ?

-Pas de directeur depuis plus de 10 mois !!!
-Des dotations mandatées  en fin d’année, privant ainsi l’outil de finances ,précarisant les salaires.

-Le budget de l’année dernière n’est toujours pas voté  en fin d’année2018 .Cela dans la plus grande indifférence des dirigeants !
Est-ce cela que la Martinique veut pour elle même ?

Ne pouvant pas remettre en cause le  bilan de l’AME , l’actuelle gouvernance avait fait le choix de l’asphyxie afin de mener lentement l’AME  à l’agonie fatale.

De guerre lasse, le coup de grâce a été livré ce vendredi 14 septembre. L’Agence Martiniquaise de l’Energie,par le vote des membres de la majorité gran semblé pou ba payi en chans, a été dissoute  … Avec les pseudos -arguments  de coûter trop cher ( 800000€ par an ) et de ne pas remplir sa mission.
Voilà 2 mensonges grossiers à la mesure de la mauvaise foi de ceux qui l’agitent!
Je rappelle que tous les comptes de l’agence ont toujours été  clôturés et votés en excédent  notamment par les représentants du SMEM , de Cap Nord , de l’Espace Sud , ainsi que les dirigeants de EDF et de la SARA que l’on ne peut soupçonner être des « petits suiveurs » Quant à l’argument de l’inaction de l’Agence , je renvoie chacun aux rapports d’activité  qui témoignent de la vitalité de l’outil . Bien  évidemment ces rapports , eux aussi votés à l’unanimité , y compris par l’actuel président(documents publics consultables) . si les mensonges les plus lamentables ont la dent dure ,de manière plus fondamentale  la transition énergétique aura toujours un coût .Je rappelle que le coût de la facture pour que chaque Martiniquais paie l’électricité au prix du contribuable français s’élève à 400 millions d’euros par an !!!
400 millions afin du brûler du carbone .Alors ,quand certains s’émeuvent du prix de l’action  et singulièrement de l’agence de l’énergie, je parle du coût de l’inaction !En réalité cela témoigne d’un manque total de vision et d’ambition ! La SEM du Galion , notre dernière usine à sucre , est depuis des décennies déficitaire…Faut il pour autant renoncer à produire du sucre en Martinique..Le transport public est « archi déficitaire »Faut-il pour autant renoncer à la structuration d’un secteur aussi stratégique ! La santé ect …. Les postures populistes ne peuvent masquer le renoncement d’implanter une expertise Martiniquaise au service de la Martinique.

Je n’ai pas de mot pour qualifier ce gâchis!!!

Nous assistons à cette absurde et coûteuse politique de la « terre brûlée ».
Sous le prétexte obscur que c’est  l’ex-majorité qui avait  initié et mené une politique publique majeure, l’actuelle équipe DÉTRUIT un outil MARTINIQUAIS !!
Il faut tuer les symboles des réussites du passé .
Après avoir tenté de planter le projet 100%Biomasse au Galion , après avoir planté le projet énergie thermique des mers à Bellefontaine, après avoir liquidé la SEM énergie sans même réunir d’Assemblée Générale, après avoir renoncé à utiliser l’habilitation énergie, c’est au tour de l’Agence Martiniquaise de l’Energie .

J’ai une immense colère car ces  décisions détournent la Martinique de la réussite en matière de transition énergétique. Ces décisions désastreuses dissuadent les jeunes talents Martiniquais de croire en un retour au Pays !

La transition énergétique et écologique sont clairement de véritables voies de créations d’emplois pérennes et qualifiés! Seule cette majorité l’ignore malgré l’actualité criante sur la matière. Malgré des lois qui nous obligent à revoir nos façons de consommer l’énergie! Malgré tout l’intérêt que représente l’impératif écologique pour notre territoire, l’un des plus pollués  !

L’idée du développement d’une économie verte structurée autour de la connaissance recule encore et encore… La chance de la Martinique de devenir un producteur de connaissances et de savoir-faire est sacrifiée sur la place des postures politiques!

Cela ne  dérange pas cette majorité aux affaires de rendre totalement le pouvoir d’orientation énergétique à l’Etat qu’ils qualifient de colonialiste ! et EDF, dont les intérêts doivent être mis en perspective de nos véritables besoins et ambitions pour la Martinique.
Cela ne dérange pas cette majorité d’avoir mis la transition énergétique dans la seule  logique d’opportunité du secteur privé !!
Tous ces renoncements nous font faire un bond de 10 ans en arrière alors que la gouvernance énergétique était solidement plantée au cœur de nos assemblées.

Quelle régression, quelle imposture pour des patriotes !

Le pilotage des dispositifs existants tels que la  PPE ( programmation pluriannuelle de énergie) ou PTME ( plan territorial de maîtrise de l’énergie) sera aujourd’hui plus difficile, faute d’outil d’articulation au quotidien entre les nombreux acteurs ( CTM , ÉTAT ,ADEME,DEAL , communauté
d’ Agglomérations , Europe , EDF ….).
Nous ne tarderons pas à en voir les effets, avec, irrémédiablement, le report des objectifs  d’introduction des énergies renouvelables ..

Si l’on veut trouver une raison à ce gâchis, la réponse se trouve sans doute entre l’incompétence de dirigeants de l’énergie, l’hystérie politique ambiante qui gangrène le Pays et la lâcheté de certains qui préfèrent se taire , attendant des échéances électorales pour dénoncer ce qui coûte tant à la Martinique et aux Martiniquais !

Ce 14 septembre restera un triste jour pour ceux qui croient aux défis de la transition énergétique, pensée et mise en œuvre par nous, Martiniquais

Daniel CHOMET
Président de l’Agence Martiniquaise de l’Energie de 2012 à 2015

 

La réponse de Louis Boutrin, conseiller exécutif de la CTM | Ainsi donc, sur sa page FB, le professeur Daniel CHOMET nous a gratifié d’une nouvelle leçon en matière de stratégie énergétique. A vrai dire, la vacuité de ses propos voudrait que l’on ne s’y attarde pas trop.  Ecarté par Serge LETCHIMY de la liste EPMN aux territoriales, « trahi » par la République en Marche, l’homme est en mal d’existence médiatique alors qu’il brigue la mairie de Schoelcher. Et voilà les vainqueurs du scrutin du 13 décembre 2015 accusés par le valeureux professeur d’avoir détruit l’Agence Martiniquaise de l’Energie (AME). Rien que cela !

 

 

Fallait-il pour autant s’autoriser à égratigner, une fois de plus, l’équipe du GRAN SANBLE POU BA PEYI A AN CHANS ? Il y a là comme une indécence crasse à faire croire à la population que les élus du Gran Sanblé aurait détruit un outil dont CHOMET lui-même est incapable de démontrer ni l’utilité ni sa contribution à la réduction de notre dépendance énergétique. Car, au-delà des discours et des postures médiatiques, la seule question qui mérite d’être véritablement débattue demeure le bilan de l’A.M.E.

 

Qu’en est-il exactement ?

 

Créée en 2012, cette association avait pour objet de « contribuer, sur le territoire martiniquais, à la promotion, la coordination et le développement des actions tenant à économiser l’énergie, à utiliser les énergies issues de sources renouvelables (…) ». A la lecture de cette double vocation statutaire – Economiser l’énergie & développer les énergies renouvelables – pas besoin d’une analyse exhaustive pour se rendre compte de l’insignifiance du propos du sieur.  Car, après une mandature de 6 années (mars 2010 à déc 2015), le bilan énergétique de l’ex-gouvernance régionale est calamiteux et la création de l’AME n’a en rien modifié l’inertie politique : 93,7 % de dépendance aux énergies fossiles en fin 2009 contre 92,8 % fin 2015 (Chiffres AME !). Aucun projet d’envergure en énergies renouvelables n’a vu le jour en 6 ans et ce, tant au niveau de l’éolien que du photovoltaïque ou de la géothermie. Si c’est le cas, citez-nous un seul projet abouti. Oui, un seul !

 

Au soutien de ses accusations, le professeur CHOMET se livre à un énième exercice d’autocongratulation oubliant au passage la réalité des faits. Alors, plutôt que de faire l’éloge du vide, arrêtons-nous sur quelques vérités qui risquent de déranger :

 

L’AME était une structure budgétivore dont le budget faramineux s’élevait à 800.000 € / an. Elle n’a pas rempli ses missions statutaires et il n’est donc pas étonnant que deux de ses principaux bailleurs de fonds, EDF et le SMEM, puissent tirer la sonnette d’alarme avant de se retirer. Est-ce la faute de la CTM ?

 

C’est l’issue, certes fatale, mais logique, d’une gouvernance mal structurée pour relever les défis de la transition énergétique. Ce retrait fait suite à la liquidation d’une autre structure budgétivore, la Société d’Economie Mixte (SEM) Energie, là encore mise en place par le talentueux professeur CHOMET. Liquidée en 2016 par le Tribunal de Commerce, le passif de cette SEM-Energie avait atteint plus d’un million d’euros (1 M€). Est-ce la faute de la CTM ?

 

Pire, la SEM-Energie, où l’ex-Région était actionnaire majoritaire a entrainé dans sa chute une myriade de petites sociétés martiniquaises qui avaient investi dans le domaine de l’énergie. Au total, pas moins de 6 Sociétés par Actions Simplifiées (S.A.S.) dont les actionnaires ont vu s’évanouir le fruit d’une vie de travail. Est-ce la faute de la CTM ?

 

Ce que le sieur professeur oublie de préciser c’est que le Directeur de la SEM était lui-même directeur d’une des sociétés privées et que cette situation d’interférence entre un intérêt public et des intérêts privés est de nature à influencer l’exercice indépendant de l’institution et donc, est interdite par la loi. Nous étions face à un conflit d’intérêt manifeste qui n’est pas sans rappeler une affaire en cours qui vient de défrayer la chronique judiciaire.

 

Actuellement, l’équipe du GRAN SANBLE met en oeuvre la PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Energie) – Martinique qui a été validée par le Conseil National de la Transition Energétique après notre audition le 21 décembre 2017 à Paris. Une PPE complètement repensée et modifiée pour répondre aux objectifs de 56 % de mix énergétique en 2023 et ce, sans aucun esprit d’exclusion des autres partenaires de l’Energie que sont EDF, le SMEM, l’ADEME et l’ETAT.  Un autre dialogue a pu ainsi voir le jour sur la base du respect mutuel. C’est avec ces mêmes partenaires que le Président de l’exécutif, Alfred Marie-Jeanne, a signé, dès mars 2016, le Programme Territorial de Maîtrise d’Energie (PTME) qui nous a permis des baisses substantielles de notre consommation d’énergie : – 27 Millions de kWh économisés en 2016 et – 32 millions de kWh en 2017. Un record historique !  De même, l’ouverture d’un nouveau dialogue avec la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) a favorisé l’inscription d’objectifs plus ambitieux pour le pays, notamment en matière de stockage de l’énergie produite ou d’exploitation de la Géothermie à la Dominique.

 

D’ores et déjà, c’est près de 167 projets relatifs à la transition énergétique qui ont été retenus et les porteurs de projets sont accompagnés techniquement et financièrement dans le cadre du PTME. Avec l’Institut Territorial de l’Energie (ITE) que nous mettons en place avec nos partenaires, une nouvelle ère s’ouvre pour tous les acteurs de l’énergie.

 

Visiblement, nous avons fait le choix d’une autre stratégie énergétique. Les objectifs sont différents. Les moyens sont différents. En intégrant dans la PPE, le stockage énergétique de nouvelles perspectives sont envisageables pour le pays.  Et, c’est avec cette PPE modifiée que l’on va pouvoir mobiliser les financements pour effectuer la mutation technologique indispensable au développement de la transition énergétique en Martinique.

 

Alors, de grâce M. le Professeur CHOMET, laissez-nous travailler en paix. Le moment venu nous ferons le bilan de nos politiques énergétiques respectives et là, seul le peuple jugera.

 

Louis BOUTRIN

Conseiller exécutif CTM

en charge de l’ENERGIE