Le laboratoire d’études de l’Université Antilles Guyane est à nouveau au centre de tous les regards. Déjà mis en cause à deux reprises par la cour des comptes, le laboratoire avec lequel la présidente de l’Université Corinne Mencé-Caster a pris ses distances, fait l’objet de plusieurs lignes accusatrices dans un rapport sénatorial rendu par Michel Magras, sénateur de Saint-Barthelemy, et Dominique Gillot sénatrice du Val d’Oise. Les élus y décrivent en quinze pages sans ambiguïtés ce qu’ils ont perçu des dysfonctionnements du CEREGMIA, de l’étendue de l’influence de son directeur, Fred Célimène, et du poids du laboratoire au coeur des gouvernances successives de l’UAG.

Extraits :

Les contrôles de la Cour des comptes sur les exercices 1999 à 2003 et les exercices 2005 à 2010 alertaient l’UAG et par conséquent les représentants de l’État sur :
- le fait que M. Célimène était, depuis juillet 1999, gérant d’une société privée, la Compagnie de pêche antillaise (CPA) et propriétaire de trois bateaux de pêche. Le procureur général a souligné que l’exercice prolongé d’une fonction de gérant d’une société commerciale contrevenait, en effet, aux dispositions de l’article 25 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 obligeant les fonctionnaires à consacrer l’intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées. Dans ces conditions, la section disciplinaire de l’UAG, saisie par le président de l’université le 30 mai 2007, a sanctionné M. Célimène d’une interdiction d’accéder à la classe supérieure de son corps pour une durée d’un an. Il apparaît, en outre, que la situation de l’intéressé est restée illégale jusqu’en mars 2009, soit près de deux ans après la décision de cette sanction disciplinaire

- des errements persistants dans le respect des procédures de dépenses (doutes sérieux sur la justification et la réalité des dépenses, absence de concordance entre certaines dépenses et l’objet des conventions, factures non payées plusieurs années après leur réception par le laboratoire avec pour effet un usage récurrent des bons de commande de régularisation pour nombre de dépenses, rémunérations de chercheurs dans des conditions discutables), conjugués à une insuffisance de recettes réalisées en raison de conventions non soldées. Dans une communication en date du 20 mars 2007, le procureur général constatait qu’à fin 2000 le CEREGMIA avait cumulé un déficit de 140 813,86 euros 

un court-circuitage systématique des instances dirigeantes centrales de l’UAG dans les procédures de contrôle concernant la gestion des subventions européennes perçues par le CEREGMIA. Ces contournements à répétition sont manifestement le résultat d’une méthode, vieille de plusieurs décennies, de dialogue direct entretenu par le directeur du CEREGMIA avec les partenaires du laboratoire qui, si elle n’est pas critiquable en soi, l’a conduit de façon quasi systématique à se dispenser de toute information, qui plus est de validation, auprès de la présidence de l’UAG, avec la complicité, sinon la complaisance d’une partie des services chargés de conduire ces audits ou d’exercer les contrôles. Le CEREGMIA a réussi la performance, sous la mandature précédente des régions Martinique et Guadeloupe, d’un audit réalisé par des membres du laboratoire lui-même et s’est appuyé sur un puissant réseau lui permettant de contourner systématiquement la présidence de l’UAG et d’établir des relations directes avec les services des autorités de gestion des fonds structurels européens. Il est parvenu, ainsi, à stériliser toute velléité d’évolution en matière de contrôle, si bien que jusqu’en 2013, aucun audit n’avait été conduit par les autorités de gestion des régions Guadeloupe et Martinique sur l’utilisation des fonds européens du programme 2007-2013.

Lire le rapport complet (Le cas du Ceregmia y est abordé des pages 77 à 92) Rapport Sénat UAG

Photo : Fred Célimène (second à partir de la droite) et Pascal Saffache, ancien président de l’UAG (cravate)