Tribune – Groupe Marine Dewo | Aujourd’hui, le ciel s’assombrit avec l’annonce de l’arrivée de Madame Le Pen en Martinique et peut-être au pouvoir suprême. Certains d’entre nous ne s’intéressent pas à la politique, d’autres sont des militants, certains se sentent français, d’autres se sentent martiniquais tandis que certains d’entre nous sont noirs, blancs ou kabyles. Nous ne sommes pas d’accord sur tout. Et c’est ça notre richesse. Mais nous sommes tous concernés par la Martinique de demain. Celle que nous laisserons à nos enfants, celle où nos enfants vivront.

Nous nous sentons menacés par les promesses du Front National qui ne nous respecte pas, ne nous entend pas, et depuis quelques temps nous dégoûte même par ses délits, ses mensonges, ses déclarations, son inhumanité.

Nos expériences de vie nous ont enseigné que là ou passe l’extrême-droite, les libertés individuelles, les différences, les droits sont revus à la baisse (droit à l’école, à la protection sociale, à la santé, à la justice, droits des femmes et des enfants, droits de la famille, droit de choisir et vivre sa propre sexualité. Et les impacts seront très importants sur notre vivre ensemble mais également sur notre confort quotidien.

Il est évident que quand Mme Le Pen parle de nationalisme, de protectionnisme et de quitter l’Europe, cela sous-entend par exemple que les taxes étrangères seront si importantes que nous ne pourrons plus voyager comme avant. Les étrangers ne pourront plus venir, mais nous non plus, ne pourrons plus aller à l’étranger aux mêmes prix et aux mêmes conditions. Fini les croisières à prix discount, fini les croisières sans les visa qui demandent un mois d’attente. Et bonjour le carburant à prix d’or !

Quand Mme Le Pen parle d’insécurité, il faut comprendre un retour à l’ordre policier avec une présomption d’innocence pour les policiers, surtout lorsqu’ils utilisent leurs matraques pour violenter nos enfants et amis.

Nous sommes une société constituée de femmes doubout. Et Madame Le Pen nous propose une société où les femmes sont renvoyées à leur foyer, pour y faire des enfants. Sans remboursement d’avortement si c’est notre choix, avec une simple intention de nous rémunérer, peut-être, pour rester derrière les fourneaux et servir nos hommes.

Nous, COMITE MARINE DEWO, le disons sans haine, ni colère, mais nous mettons en garde tous les martiniquais. Et leur demandons de bien réfléchir à cette société que nous propose Mme Le Pen.

Une société inhumaine, à plusieurs vitesses, où les pauvres seront encore plus pauvres et les riches encore plus riches et où les noirs fiers que nous sommes, seront rabaissés, maltraités, reniés, martyrisés et violentés. Où les noirs que nous sommes, devront ravaler leur dignité humaine, leur histoire et leur culture.

Nous, COMITE MARINE DEWO, voulons que chacun de nos actes soit émancipateurs et c’est la raison pour laquelle nous sommes prêts à empêcher cet ultime outrage qui serait de venir fouler le sol où nous avons été déportés, où nous avons soufferts et où aujourd’hui nous tentons de nous reconstruire, de panser nos plaies et avons appris à faire peuple.

La Martinique et le peuple martiniquais ne seront plus jamais la dernière roue du carrosse, la serpillère de la France, ses moins que rien. Dans la lignée de ce que qu’auraient voulu nos ancêtres neg mawon, nous sommes prêts à défendre notre histoire, notre identité, notre culture et notre vivre ensemble.

Et vous, êtes vous prêts ? »