Politiques Publiques a rencontré Catherine Conconne, Sénatrice de la Martinique et fraîchement élue Secrétaire Générale de son tout nouveau Parti « La Martinique Ensemble ».

Politiques Publiques : Vous êtes désormais Secrétaire Générale de votre nouveau parti La Martinique Ensemble. Quels sont en quelques mots les objectifs de votre mouvement ?

Catherine Conconne : Il y a urgence à renouer avec la confiance avec nos compatriotes autrement dit nous sommes conscients qu’il faut revoir totalement l’offre politique. Il suffit d’observer les taux d’abstention : près de 6 martiniquais sur 10 ne votent pas. Peut-on continuer d’être dans le déni face à une telle réalité et accepter de voir fondre ainsi la relation légitime qui doit exister entre les politiques et les citoyens ?
Nous avons fait le choix du territorialisme comme ligne politique. Le territorialisme exige de concentrer toute l’énergie nécessaire, toutes les volontés sur le territoire et donc pour nous, le pays. Nous estimons que nous disposons déjà d’outils et de capacités importantes pour agir et nous refusons de nous « cacher » derrière l’état ou un statut qui serait insuffisant. Aujourd’hui, les lignes politiques en Martinique se résument à droite/gauche/ indépendantistes/autonomistes ou assimilationistes. Qu’en est t’il du pays au quotidien ? Qu’en est-il de notre relation à l’entreprise par exemple ? Quels sont nos démarches pour lutter pour une meilleure justice sociale ? Rien dans ces lignes politiques n’indique une quelconque solution, des intentions claires. On demeure dans des schémas institutionnels. Les politiques publiques sont subtiles de nos jours et réclament une énergie et de l’imagination, et pourtant on continue à se concentrer exclusivement sur un statut. Pour nous, le pays est une priorité et tout doit être mis en œuvre en ce sens. Nous prônons un constructivisme actif, un faire, une optimisation totale des moyens et des compétences à exercer. Il faut sortir des options classiques et se mettre au travail. L’humain martiniquais est notre préoccupation et nous prônons un DROIT AU BONHEUR pour tous.

PP : Tout le monde parle de pragmatisme, et bien sur tout le monde voudrait régler tous les problèmes, mais n’est ce pas plutôt un moyen de cacher une absence de convictions profondes, de choix déterminé d’aller vers telle ou telle société, plus sociale, ou plus libérale par exemple ?

CC : On ne peut plus sectoriser les intentions politiques comme avant surtout dans un pays aussi complexe que la Martinique. Les positions sont extrêmement subtiles. On a besoin des entreprises et nous sommes convaincus que l’initiative privée doit être favorisée. On ne peut pas dire aujourd’hui qu’on ne se campe que sur le « social ». Ça n’a plus de sens ! Qu’est ce qui n’est pas social ? Tout se tient et il faut pouvoir maintenir des équilibres à tout moment. Si les entreprises sont en souffrance, elles n’offrent aucune perspective d’emploi et d’activités. L’agriculture a besoin de la grande distribution pour écouler ses produits, l’emploi est aujourd’hui et de plus en plus assuré par l’entreprise privée, des martiniquais deviennent eux-mêmes chefs d’entreprise. Le service public doit également faire sa révolution et se mettre avec plus d’engagement au service du public. On ne peut pas dire que c’est satisfaisant de ce côté : trop de délais dans les traitements des demandes, trop de sites aux horaires totalement inadaptés à un service public. Il faut courageusement un mea-culpa général et une remise en cause des pratiques. Je ne crois pas que le problème soit une affaire de statut mais notre propre capacité à entrer en mode leadership, en anticipation active plutôt qu’en éternelle réaction.

PP : Vous avez réussi à vous hisser à la troisième position de ces élections territoriales, derrière les deux grands partis PPM et MIM, mais devant d’autres listes (celle de Jean-Philippe Nilor ou celle de Yann Monplaisir) que l’on pensait mieux ancrées que la vôtre dans le paysage politique. A quoi attribuez-vous cette percée ?

CC : Une relation au citoyen que nous avons souhaité en toute proximité, un temps précieux et rigoureux pour écrire un vrai programme et pas un étalage de paroles plus ou moins creuses et réchauffées. J’ai exigé de l’équipe qu’elle se forme avant la campagne, qu’elle maîtrise ses sujets, les données du pays. Nous avons travaillé d’arrache-pied à un programme authentique, concret et qui répondait à nos remontées du terrain. Ça a beaucoup plu car les gens se retrouvaient et retrouvaient leurs situations quotidiennes. Nous avons exprimé des intentions fortes, rédigé notre programme sans « saucissonner » les politiques publiques, avec de la transversalité. C’était moderne et nouveau. Nous avons osé parler non cumul, obligation d’une part importante de moins de 40 ans sur la liste, de personnes nouvelles en politique sans mandats. Les gens avaient soif de franchise et d’authenticité et on le ressentait sur le terrain. Les gens me connaissent bien aussi et m’ont toujours vu œuvrer d’arrache-pied sur le terrain depuis 20 ans. J’étais surprise de cette notoriété extrêmement positive y compris en dehors de là où j’évoluais d’habitude. On savait qui j’étais et tout ce que j’avais fait. C’était apprécié.

PP : Vous menez un combat très déterminé en faveur de la vaccination dans cette crise covid-19. Un combat visiblement à contresens de ce que veut une majorité de martiniquais. Comment vous expliquez-vous cette grande réticence à la vaccination ? Et peut-on en tant que représentant du peuple aller à l’encontre de ce que ce peuple semble désirer ?

CC : Il ne faut pas hésiter à être à contre-courant si on sait que l’on veut au final le bien des gens. J’ai fait ce choix courageux sachant que j’allais affronter une vague de « anti » mais j’avais pris la peine de bien fonder ma position au travers de toutes les auditions menées à la fois au Sénat et par moi-même. J’ai été vite convaincue que seule la vaccination allait éviter l’hécatombe. Alors j’ai mené une vraie croisade. Il ne fallait pas lâcher et surtout ne pas avoir peur des menaces y compris de mort, des chapelets d’insultes. La politique exige courage et détermination. On ne doit pas jouer au populiste ou au clientéliste sur la santé des gens, sur une question aussi délicate. Quand on voit que l’immense majorité des décès relève de non vaccinés, j’ai eu donc raison de garder une cohérence et mon cap. On parle de mortalité, on ne joue pas avec ça.

PP : Les élections législatives se dérouleront en juin 2022. Il se dit que vous pourriez battre le candidat du PPM sur la circonscription de Fort-de-France. C’est une hypothèse à laquelle vous réfléchissez ?

CC : [Rires...] Dès qu’il y a une élection qui approche on me voit partout. Hélas, je trouve qu’on s’occupe davantage des élections que des générations à venir. Les partis politiques ne s’ébranlent malheureusement qu’à l’orée des élections. Il faut reprendre le chemin du travail et de la réflexion en permanence et entre 2 élections. Il faut produire des contributions, approfondir des réflexions pour le progrès du pays et non pas juste penser à l’élection d’après. C’est en ce sens que nous avons installé 5 groupes de travail pour faire vivre notre programme électoral. Nous avons d’ailleurs extrait de ce programme, 35 mesures pour répondre à la demande du Président du Conseil Exécutif afin de faire face à la crise. Donc pour l’instant nous ne pensons pas élections et moi encore moins. On ouvrira le débat à un moment forcément puisque 4 circonscriptions législatives sont à renouveler mais pour l’instant nous nous efforçons à renouer la relation avec nos compatriotes en travaillant à faire émerger des solutions concrètes et donner du sens, un vrai sens à l’engagement politique. C’est seulement ainsi que l’on luttera contre la défiance généralisée et grandissante envers les politiques et qu’on aura des élections qui n’afficheront pas des taux ridicules de participation.

 

Propos recueillis le mercredi 22 décembre 2021