Un an après que ce dossier ait été porté sur la place publique, les riverains de Morne Carrière manifestent leur inquiétude, et leur détermination intacte. Regroupés en association, l’ADMC (Association de Défense de Morne Carrière et du sud Martinique), ils dénoncent les incohérences du dossier et les irrégularités dans son instruction.

  »Aujourd’hui, suite à nos recherches, nous ne sommes plus dupes, le déclassement  n’a pas suivi la voie légale, pas d’informations des autorités publiques (Etat, chambre d’agriculture, commission des carrières, etc…) aucune enquête publique pour annoncer aux citoyens ce déclassement comme l’exige le code de l’environnement. 

Suite à notre questionnement, L’ONF a visité le site et découvert une espèce protégé d’arbre figurant sur la liste rouge caraïbes. Nous avons signalé à la DAC un site archéologique étonnant  à explorer dans ce bois. 

Aucune étude d’impact santé- environnement n’a été fait pour déclasser les 19 hectares de « espaces boisés classés protégés » à « terrain carrièrable », la décision fut prise en catimini par la municipalité…. »

Si la municipalité, à laquelle elle a adressé ses observations et demandes d’annulation, de donne pas suite dans les délais légaux, l’association envisage désormais une action judiciaire pour l’annulation du PLU de la commune. Une situation qui confirme les craintes et positions de l’association, déjà manifestées dans cet texte, publié dans France-Antilles début 2015.

L’ouverture d’une autre carrière au Vauclin, pourquoi NON ?

Le 20 janvier 2015, les habitants des quartiers du sud Vauclin, coteaux de Macabou (morne des éoliennes) découvraient par deux  petits panneaux jaunes, le projet d’une ouverture d’une grande carrière de roches massives au milieu de leurs habitations.

Un projet porteur de risques pour la population et l’environnement (sous titre)

 Certes, nous n’avons pas été suffisamment vigilants au moment de l’élaboration du nouveau PLU. Mais quand il y a  un déclassement de 19 hectares de terres agricoles au profit d’une zone déclarée « carriérable » à proximité des habitations, entériné au conseil municipal de 29 janvier 2013, il y avait obligation de faire une large information sur ce projet, porteur de risques évidents pour la population et l’environnement. La municipalité devait tenir compte de l’avis de la population  en proximité du site envisagé ; elle n’a pas informée les familles en 2013, ni en 2014 alors que se déroulaient les élections municipales.

Afin de se faire entendre, des habitants créent l’Association de Défense de Morne Carrière et du sud Martinique, «   l’ ADMC ».

Ainsi notre association signa le registre de l’enquête publique en mairie le 20 février 2015 et déposa un premier contre-rapport car nous avions noté beaucoup d’insuffisances, l’absence totale d’études des nuisances graves qu’engendre une telle activité.

La mairie  du Marin et celle du Vauclin ont émis en avis défavorable à ce projet. L’Assaupamar et l’ADMC, deux associations  écologiques, ont donné aussi un avis défavorable.

L’ADMC a été reçue en audience privée par la conseillère du Président de la république le 9 mai,  et lui a porté ses remarques. De même, un dossier a été adressé à bon nombre de nos politiques pour attirer leur attention sur les graves manquements de ce projet. L’ADMC vient de remettre à Monsieur le Préfet 2416 signatures de personnes qui se sont mobilisées,  en juin 2015, contre cette perspective d’ouverture de carrière.

Dans ce journal, il y a un membre de la commission décisionnaire,  qui soutient sans réserve CARAIB MOTER  (CM) et ce, sans avoir visité le quartier, rencontré la population, curieuse façon de procéder, nous nous interrogeons sur ces motivations….

Les inquiétudes de la population du sud sont légitimes ; terminée l’époque bénie du « on verra après.. », évitons de refaire l’erreur de la chloredécone … Des risques existent en terme :

- de santé : il y a une pollution atmosphérique grave, due aux poussières  de silice de la carrière mais aussi des engins et des 100 camions par jour circulant sur les routes des  quartiers, gaz d’échappements, bruits, stress, etc… La silicose, maladie pulmonaire lente, incurable et mortelle est une réalité pour ceux qui travaillent dans les carrières.

 - en terme de sécurité des habitants et des biens : intensité du traffic routier, accidents, dynamitage, vibrations, risques sismiques, etc..

- en terme d’environnement et de climat : le morne à décapiter est sous vent dominant atlantique très fort (ferme éolienne à proximité), aucune étude du vent n’a été menée, un déboisement total a été demandé sans étude climatologique sur l’hydrométrie et les pluies que traine ce morne pour les terres du sud, risques d’apparition de zones arides, pas d’étude sur la faune et  la flore à protéger, etc..

 – en terme de ressources d’eau, car cette activité est grosse consommatrice d’eau. Le membre de la commission qui s’est fait l’avocat  de CM,  nous parle d’arrosage, abattage des poussières, brumisateurs, etc….. Rien n’est prévu !

 Il faut de l’eau pour tout cela et malheureusement le sud souffre de longues sécheresses à répétition. Les bassins de rétention étant à sec très rapidement, il n’est pas question d’utiliser l’eau potable pour arroser les roches, les pistes, les camions, alors que l’ensemble de la population est rationnée voir privée d’eau. En réponse à notre question sur les ressources en eau, CM propose d’utiliser une mare à canard  située sur le terrain, dont on pomperait l’eau. On en rirait si le sujet n’était pas si grave, une mare est constituée des 2/3 de vase et boues et 1/3 d’eau en surface, dérisoire et navrant!

Aucune crainte de manquer de matériaux pour les enrobés et les bétons dans les années à venir ! ( sous-titre)

Malgré  les très grosses commandes publiques de ces dernières années qui se termineront en 2015 (TCSP, hôpitaux, lycées, préfecture, EDF, etc…), la Martinique n’a pas souffert de manque de matériaux et il n’y aura aucune rupture dans les stocks de roches dans les années à venir. Il y aura des prolongements d’exploitation  pour les 11 carrières d’andésite existantes bien au-delà de 2028, car elles ont des autorisations de production bien supérieures aux besoins du marché. Les roches ne trouvent pas preneurs, pas de clients pour les acheter ; pire, toute ouverture d’une carrière en surnombre, entrainera la fermeture d’une autre,  le chômage pour son personnel, etc… Il n’y a aucune justification économique, ni d’intérêts stratégiques pour la Martinique dans l’ouverture d’une nouvelle carrière, seuls des intérêts privés sont en jeu, la population de la Martinique ne peut être prise en otage dans le combat des affaires privées que se livrent de grands groupes internationaux.

Il n’y aura aucune gêne pour nos constructions d’immeubles, logements individuels et autres ouvrages en béton, en Martinique, la pouzzolane a remplacé les roches massives dans le béton et est utilisée à plus de 70% dans nos bétons, sous bassement de chaussées, remblais, remblais drainant, etc..

L’extrême vulnérabilité des iles en matière d’environnement et de pollution par rapport au continent est connue. Un territoire exigu, un équilibre biologique très fragile face à la  pollution environnementale, et la nécessaire prise en compte de la santé publique (car il y a des femmes, des hommes et surtout des enfants qui vivent à proximité – les  écoles maternelle et primaire de petit Pérou Marin y sont implantées -) doivent amener Monsieur le Préfet et nos décideurs à appliquer, dans le cas présent, le principe de précaution. Des études doivent être faites impérativement sur le site même du Vauclin (et  non dans le bocage normand !), par un cabinet d’experts choisi de façon collégiale, afin de définir tous les risques, mesurer leurs impacts réels sur la population et l’environnement.

Notre association ADMC devra être partenaire de cette étude exhaustive, suivra son déroulement et l’avancée des observations afin d’assurer la transparence de l’information auprès de la population.

Mais il faut concevoir et penser, dès aujourd’hui, un nouveau mode de développement, une économie durable et respectueuse de notre cadre de vie pour les générations futures. Ne détruisons plus nos mornes, mais recyclons tout ! Le BTP est en retard en matière de recyclage de ses déchets, alors que cela équivaut à la production d’une grande carrière (235 000 tonnes par an en Martinique), créons cette filière et ses nouveaux métiers pour l’avenir de notre jeunesse et de notre pays.

La population ne lâchera pas ce combat. Dans un élan citoyen, elle veut décider de son avenir, en concertation avec vous, mesdames et messieurs les décideurs.

Le vauclin, le 4 juillet 2015.

M. BILLON, Présidente de l’ADMC

 

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