Tribune – Association Tous Créoles ! | Dimanche 5 mai 2019, des membres d’associations ont décidé de libérer le passage, que la nature et/ou des propriétaires avaient progressivement condamné, en détruisant les installations d’une vingtaine de maisons dont certaines bénéficiaient de la présence policière.

Ils ont traversé toutes les villas du littoral en démolissant chaque clôture, arrachant même les végétaux qui pouvaient entraver leur marche.

Ce coup de force s’est déroulé sous les regards atterrés des habitants qui n’avaient pas d’autre choix que de subir le traumatisme du viol résidentiel, des menaces et des invectives.

L’association Tous Créoles ! reconnait que cette violence physique, condamnable dans un Etat de droit, a eu toutefois le mérite malheureux de soulever quatre questions importantes qui doivent être posées dans un débat public nécessaire :

  1. Comment concilier le droit de propriété privée avec le droit de jouir d’un lieu public ?
  2. Comment contrer les effets de la montée des eaux sur l’érosion de nos côtes ?
  3. Comment comprendre l’inégalité des droits entre propriétaires à situation géographique égale ? (Quel suivi impartial des infractions claires et des situations involontaires ?)
  4. Qui doit faire respecter la loi en Martinique ?

Mais ne nous trompons pas dans le spectacle qui a été donné ce dimanche.

Malgré l’apparente « beauté romantique » du geste de « libération »  opéré par ces « Robin des bois », il serait dangereux pour les valeurs essentielles de la démocratie de tolérer que quiconque s’arroge le droit de rendre sa propre justice, de tolérer que des actes de vandalisme soient ainsi légitimés au nom d’un combat écologique qui semble, sournoisement, rechercher l’affrontement ethnique.

Après Sainte-Luce, les « justiciers », meneurs de foules de bonne foi, iront-ils dans les habitations d’autres communes littorales ? Iront-ils à Saint-Pierre, au Carbet, au Diamant ? Viendront-ils dans les jardins de chacun pour redessiner les limites de propriété, voire en exclure les propriétaires ? Mettront-ils un jour des croix sur les portes des maisons qu’ils appelleraient à démolir ? Viendront-ils chasser celles et ceux qui ne vivent pas selon leurs idéaux ?

La Martinique est une démocratie de droit, garante de nos libertés individuelles et collectives. Les Martiniquais se doivent de privilégier les actions de protestation intelligentes et constructives à l’instar de ce qui s’est récemment déroulé en Guadeloupe sur les mêmes sujets.

Tous Créoles ! exhorte à la retenue des violences collectives et rappelle que nous avons tous,  Martiniquais, le devoir de protéger notre société de toutes les dérives démagogiques qui la feraient glisser vers la tyrannie et la terreur.

Le Conseil d’administration de Tous Créoles !