Tribune – Franck Sainte-Rose-Rosemond | Barack Obama a quitté la maison blanche après 8 ans de mandat. Il laissera une trace profonde dans l’histoire de son pays.

Son bilan est certainement sujet à débat et à contestations. 

Des réformes internes mineures ou quasi avortées à l’image des règles sur l’accès aux armes, qu’il n’aura pas réussi à faire bouger d’un iota malgré les drames qui ont ensanglanté son pays, ou encore la mise en place de l’ « obamaCare », sorte de minima de santé publique, déjà menacée par ses successeurs libéraux.

La perpétuation d’une politique internationale « impérialiste » et sournoise, qui porte sa part de responsabilité dans la multiplication des conflits autour du monde, et leurs nombreuses conséquences humaines.

Ou encore la déception des afro-américains qui avaient cru en une amélioration de leur sort grâce à un président noir.

Difficile d’être progressiste dans un pays fondé et ancré dans une profonde culture libérale.

Au-delà de son bilan, c’est pourtant autour de cette thématique sociétale que s’inscrira la trace laissée par Barack Obama. 

Il aura été, au même titre que John Fitzgerald Kennedy, un président emblématique pour son pays. Au-delà de leur sens de la communication, et de leur rayonnement personnel incontestable, ces deux présidents aux destins très différents auront su susciter l’espoir, et un espoir qui leur survivra.

C’est Michelle Obama qui décrit le mieux cette révolution quasi invisible, mais qui produira des effets durant des décennies. Elle raconte avec émotion, et à dessein, l’histoire de ce petit garçon noir de 7 ans venu avec sa famille visiter la maison blanche. Une maison « construite en partie par des esclaves il n’y a pas si longtemps » souligne t-elle. Le petit garçon donc qui a voulu savoir si les cheveux de Barack Obama étaient réellement comme les siens, et à qui le président en se baissant a proposé de les toucher.

Toucher du doigt une réalité, qui ouvre de nouveaux possibles.

Récemment, l’émouvante déclaration de Meryl Streep dénonçant les comportements de Donald Trump aura touché le pays. « Quand les puissants se servent de leur influence pour s’en prendre aux autres nous perdons tous (…) parce que cela devient comme une autorisation à faire de même« .  C’est précisément la force, mais dans la direction opposée, du message de Barack Obama. Sa présence même à la tête du plus puissant état du monde est comme une autorisation à se lancer et à réussir, quel que soit le domaine, pour toutes celles et tous ceux qui peuvent s’identifier à lui.

C’est la trace historique que laissera Barack Obama dans l’histoire de son pays. Aux yeux de tous, des noirs, mais pas seulement des noirs, il n’y a plus aucune barrière infranchissable. Pour les femmes, les noirs, les hispaniques, et les blancs, c’est un nouveau rappel [Barack Obama s’est appliqué à plusieurs reprises à ces rappels dès ses premiers discours de campagne en 2008] de la nature de ce nouveau monde, voulue par les actes fondateurs de la nation : Chacun a ici sa chance, pourvu qu’il ait le talent de la saisir.

twitter @francksrr      facebook francksrr