Tribune – Pierre-Alex Marie-Anne - Depuis que le gouvernement a dressé l’acte de décès de l’université Antilles-Guyane, sans aucune réflexion préalable et encore moins avoir pris la mesure de la portée politique de cette décision , le destin de celle-ci est ballotté entre les ambitions avouées ou cachées des uns et des autres.

Bien triste constat en vérité dont le dernier avatar est cette espèce d’O.V.N.I. institutionnel, baptisé U.A. reposant sur l’existence de deux pôles géographiques autonomes, qui prétend résoudre le problème de la quadrature du cercle et dont l’espérance de vie apparaît des plus limitées.

On souhaite bien du plaisir à ceux qui auront à mettre en forme législative la personnalité juridique singulière de cet être étrange qui possède deux pieds mais pas de tête , comme dans la célèbre chanson « l’homme sans tête » qui nous terrorisait dans notre enfance.

Comment ne pas voir ,sauf à se bercer d’illusions, que le conseil d’administration de ce nouveau « machin » ,comme dirait qui vous savez, ne pourra avoir ,si l’on n’y prend bonne garde , d’autre pouvoir que celui que voudront bien lui laisser les responsables des pôles ,maîtres de leur budget et de leur administration ,placés sous la pression politique intense de leur Région respective et donc prêts à tous moment à aller au clash ,au nom de la défense des intérêts supérieurs de leur territoire et population.

La conséquence est qu’il devra se borner , s’il veut survivre, à esquisser de vagues orientations très générales , plus philosophiques que véritablement opérationnelles ,orientations que les maîtres à manioc locaux ne manqueront pas de traduire, pour ne pas dire dénaturer, à leur manière , en fonction de leurs seuls intérêts politiques personnels et à courte vue.

Et qu’on ne compte pas sur le gouvernement pour arbitrer quoi que ce soit ; il a déjà amplement démontré dans le passé et tout récemment encore dans le cas de la Guyane que son premier, pour ne pas dire unique souci, est de ne froisser personne et surtout pas les maîtres-chanteurs politiques et syndicaux locaux.

Dans cette partie de poker-menteur qui se joue sous nos yeux et dont l’intérêt général et singulièrement celui de la jeunesse semble être banni on ne peut qu’admirer la confiance aveugle, certains diraient la naïveté à toute épreuve de ceux qui nous gouvernent , quant aux sentiments réels que nous portent nos « chers frères » de la Guadeloupe,

C’est pourtant très simple ,ils nous aiment d’un amour infini à condition que nous acceptions, dans toute alliance entre nos deux îles, d’être les éternels cocus .

Cette réalité indiscutable, à été illustrée avec éclat par la réplique cinglante ,(même si son auteur à cherché par la suite à nier l’avoir dite) ,d’une personnalité incontournable de l’île-sœur répondant à la timide proposition de fiançailles du 2° vice-Président du C.G. de l’époque: ni fiançailles ,ni mariage , pas même une union libre;

dès lors ,nous devons cesser de nous raconter de belles histoires sur la confraternité naturelle entre insulaires antillais relevant du même pouvoir Central et adopter en l’occurrence la seule stratégie à même de préserver les intérêts supérieurs de notre communauté : obliger les « faux-nez « à tomber le masque;

 

Pour cela, il convient d’exiger que les textes en préparation ne laissent planer aucune ambiguïté sur la hiérarchie des responsabilités entre le Conseil d’Administration de la future U.A. et les gestionnaires de ses deux pôles géographiques . 1

Il revient à l’instance suprême de l’université de définir les orientations stratégiques majeures de l’institution ,en clair son projet d’établissement définissant des objectifs clairs et précis et par voie de conséquence la répartition de ses moyens budgétaires et humains globaux entre ses deux pôles territoriaux ;

à charge pour ceux-ci, de mettre en œuvre ces orientations ,en les déclinant en fonction de projets correspondant aux besoins propres à chaque territoire, sur la base de larges délégations de compétence administratives et financières ,s’exerçant toutefois sous le contrôle ,et éventuellement la sanction, du Conseil d’Aministration souverain.

S’il n’en était pas ainsi, l’U.A.ne serait qu’une coquille vide, un mirage administratif unitaire, tout au plus une simple boîte aux lettres pour le transit du courrier et des fonds.

Le texte législatif fondateur de l’Université Antilles devra reprendre expressément cette exigence qui constitue la véritable pierre de touche de la volonté réelle des partenaires concernés à jouer loyalement ou non le jeu de la nouvelle entité commune.

A défaut, il faudra en tirer les conséquences et cesser de prendre des vessies pour des lanternes , pour s’engager résolument dans la revendication d’une université de plein exercice pour notre collectivité, car on ne voit pas pourquoi ce qui est bon pour la Guyane, dont les effectifs étudiants sont la moitié des nôtres ,ne l’est pas tout autant pour la Martinique.

Cette option ne doit pas nous effrayer car il n’est nullement démontré que l’efficacité et la performance d’une université résulte de sa taille; par contre elle aura l’immense avantage de nous rendre maître de nos choix en matière de formation supérieure et de recherche pour les rendre compatibles avec les besoins de notre développement.

Cette université proprement martiniquaise aura toute latitude pour passer des accords de coopération avec qui bon lui semble dans la Caraîbe ou ailleurs ,à commencer par celle de la Guadeloupe ,pouvant même aller jusqu’à la gestion en commun de services d’intérêt mutuel (bibliothèque documentaire, projet de recherche ,voyage d’étude ,expérimentations et caetera,,)

En outre et ce n’est pas la moindre de ses vertus ce choix nous fournira enfin l’occasion de sortir de cette approche initiale réductrice et pénalisante qui a consisté à spécialiser le campus de la Martinique dans les disciplines littéraires et les sciences dites sociales , alors que nul n’ignore que l’avenir des sociétés et des peuples se joue aujourd’hui dans le domaine de la recherche scientifique et technique.

Nous devons donc cesser d’être dupes des affinités de façade et nous débarrasser de tout éventuel complexe de culpabilité à l’égard de voisins tentés de prendre une revanche sur les aléas de l’histoire, pour bâtir sur des bases enfin assainies ,exemptes de toutes arrière-pensées et faux-semblant l’université du XXI°siècle capable de répondre aux aspirations de notre jeunesse.