Lettre ouverte – Collectif « Préservons le patrimoine naturel de la baie de Fort-de-France » - Madame la Ministre, Pour construire des extensions portuaires, au lieu d’utiliser des matériaux classiques comme ceux issus des carrières ou des déchets du BTP, le Préfet et le Président de Région ont choisi le massacre des 13 ha de récifs coralliens pour les utiliser comme matériaux de construction !

Pourtant, chaque année,les coraux apportent 98 millions € à la Martinique, selon une estimation des services de la Préfecture. Point n’est besoin de rappeler les rôles multiples des récifs coralliens:

  • ils constituent des forêts sous-marines qui abritent quasiment toute la biodiversité des mers tropicales,

  • ils permettent aussi aux poissons de se reproduire, et contribue donc au renouvellement des stocks de pêche,

  • ils jouent un rôle de barrières physiques contre la force des vagues et des courants…

Lors de votre visite en Martinique, invitée le 31 août 2014 au JT de 19 heures de Martinique 1ere, vous avez déclaré au sujet du projet d’extension du Terminal à conteneur de la Pointe des Grives: « Il n’est pas possible de détruire les coraux, parce que c’est l’équilibre naturel qui est menacé, et derrière le milieu naturel c’est l’avenir de l’humain qui est en cause« . Vous avez donc demandé au Président du Conseil régional d’organiser une concertation afin que la biodiversité de la Baie de Fort-de-France soit préservée.

Car, détruire les coraux revient à favoriser l’appauvrissement des mers en poissons, accentuer le recul du trait de côte (la Martinique a perdu plus 20 m sur plus de 90km du littoral depuis les années 1950), aggraver les inondations,….

D’autre part, ne pas choisir les carrières et les déchets du BTP, c’est tout bonnement refuser l’opportunité de marchés importants pour ces filières locales. C’est refuser de l’emploi. C’est refuser de soutenir une filière d’avenir, indispensable pour l’environnement : le recyclage des déchets du BTP. Quel meilleur usage pour ces déchets que le remblai pour des travaux publics ? Nous ne pouvons comprendre le choix des autorités.

Bien que les autorités du Grand Port, pourtant soucieuses de la rentabilité de leurs investissements seraient prêtes à faire quelques concessions, ce sont les fonctionnaires de la DEAL (direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement) et de la Préfecture, dont la mission est de veiller à la protection de l’environnement, qui, auteurs de l’autorisation initiale illégale à plus d’un titre, refusent de prendre toute mesure pour acter des avancées dans la prise en compte de l’environnement.

Le Préfet, représentant du gouvernement, mal conseillé par les services de votre ministère en Martinique, persiste dans sa posture de destructeur de ces écosystèmes, source et habitat de biodiversité. Ce faisant, il passe outre vos recommandations et ignore les orientations et les objectifs définis dans le Plan Stratégique pour la Diversité Biologique 2011-2020, les Objectifs d’Aichi et la Stratégie Nationale pour la Biodiversité. Il y a là, Madame la Ministre, un paradoxe qui nous interpelle.

Par ailleurs, nous attirons votre attentionsur le cas d’une espèce classée sur la liste rouge de l’UICN, le Mérou de Nassau. Absent depuis de nombreuses années des eaux martiniquaises, ce poisson est réapparu l’année dernière, notamment sur le site de la Grande Sèche qui semble être le lieu de ponte. Ce retour est le sujet d’un rapport de l’Université des Antilles communiqué à la DEAL dès juin 2014. Le Mérou de Nassau est un prédateur d’une espèce invasive, le Poisson-Lion qui n’avait aucun prédateur connu auparavant dans nos eaux et qui fait l’objet d’un programme de lutte financé par votre Ministère. Malgré tous ces éléments, aucune action pour protéger le Mérou de Nassau n’a été mise en place. Il faut ajouter à cela, la présence sur la caye de la Grande Sèche de la barrière de corail formée d’espèces classées, elles aussi, en danger de disparition.

L’ensemble de ces considérations tant économiques qu’écologiques auraient dû aboutir à une protection de la caye de la Grande Sèche.

En conséquence, nous vous demandons, Madame la Ministre, d’user de votre autorité pour mettre fin à cette conduite à la fois incohérente et inexplicable et obtenir du Préfet :

  • que soit rédigée une nouvelle autorisation de travaux conforme à la loi et aux orientations environnementales nationales

  • que soit protégée la caye de la Grande Sèche, par un arrêté biotope

Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, l’expression de notre très haute considération.

Pour le Collectif « Préservons le patrimoine naturel de la baie de Fort-de-France »,

Le Président de l’Assaupamar, Henri LOUIS-REGIS

Pour signer la pétition:

https://www.change.org/p/madame-la-ministre-de-l-ecologie-sauvons-les-r%C3%A9cifs-coralliens-de-la-martinique?utm_campaign=responsive_friend_inviter_chat&utm_medium=facebook&utm_source=share_petition&recruiter=231848711

la page facebook:

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