Lettre ouverte – Collectif   »Préservons le patrimoine de la baie de Fort-de-France » - Messieurs les sénateurs et députés de Martinique, Nous sollicitons toute votre attention sur l’urgence et la nécessité d’obtenir la suppression de l’autorisation préfectorale toujours en vigueur de détruire 13 hectares du récif de la Grande Sèche, un écosystème unique, réserve de biodiversité de la baie de Fort-de-France.

Il ne s’agit nullement, comme on a pu le croire, de draguer les fonds marins afin de permettre la venue de navires de plus grand gabarit en lien avec l’ouverture du troisième jeu d’écluses du canal de Panama. Le chenal existant est en effet suffisamment profond. Ce massacre est envisagé uniquement pour extraire des matériaux à utiliser comme remblais pour l’extension du port. Il est possible d’éviter une telle destruction en employant des matériaux de carrière inertes ou d’autres méthodes respectueuses de l’environnement.

La ministre de l’écologie a confié en août 2014 au président de Région la mission de mener les concertations avec les acteurs locaux, afin que soit préservée la biodiversité de la baie de Fort de France.  Force est de constater qu’à ce jour il n’a rien obtenu des services déconcentrés de l’Etat.

Aucune modification de l’arrêté d’autorisation prenant en compte la protection du milieu marin n’a été envisagée par la préfecture. Aucune mesure n’a été prise pour protéger le Mérou de Nassau espèce pourtant classée en danger observée en grand nombre sur la Grande Sèche, aucune mesure de protection des 32 espèces de coraux présentes sur le site dont 5 menacées, aucune mesure de protection des habitats des 75 espèces de poissons recensées ; aucune mesure de protection des 415 espèces inventoriées au total par l’Université des Antilles de mai à juillet 2014 et de leurs habitats spécifiques sans équivalent en Martinique.

Il s’agit d’une fin de non-recevoir cuisante et surprenante de la préfecture et de la DEAL envers la médiation du président de Région, voulue ar la Ministre de l’Ecologie, visant à protéger la biodiversité de la Martinique.

Plus étonnant encore, la présentation prévue de l’inventaire de biodiversité de la baie de Fort-de-France au comité national de l’IFRECOR en octobre 2014 à Sainte-Luce, a été bloquée par la DEAL Martinique. Cet inventaire biologique avait pourtant été salué pour sa qualité par le conseiller biodiversité de la ministre de l’écologie et par le président du Muséum National d’Histoire Naturelle Gilles Bœuf qui en avait été destinataire. Certains représentants de l’Etat en Martinique vont jusqu’à affirmer publiquement que seuls 1300 m2 sont voués au concassage, alors que ce chiffre ne correspond qu’à la superficie ridicule des récifs artificiels prévus pour compenser la disparition de 13 hectares de biotope et d’habitats.

Messieurs les Sénateurs et Députés, en tant que représentants et garants de l’intérêt public, vous vous devez d’être informés des conséquences de cette attitude irresponsable. Non seulement le maintien de cet arrêté d’autorisation scélérat fait peser une grave menace sur notre environnement, mais cet aveuglement devrait conduire à l’annulation pure et simple du projet d’extension du port en raison de l’illégalité même de l’arrêté d’autorisation.

Nous ne nous opposons pas au développement économique, nous nous opposons fermement à l’exploitation du récif corallien de la Grande Sèche comme matériau de remblai.

Et nous poursuivrons nos actions jusqu’à l’abandon de ce projet, dans la mesure où tel qu’il est actuellement défini, il détruira irréversiblement notre patrimoine naturel dans la baie de Fort-de-France.

Si cet arrêté préfectoral n’est pas modifié rapidement, il risque fort d’être annulé par les instances judiciaires en Martinique, en France, ou européennes s’il le faut, entrainant l’abandon du projet d’extension du port. Les responsabilités de cet échec ne devront par conséquent pas être attribuées aux défenseurs du patrimoine naturel, mais à l’immobilisme des autorités et à leur incapacité à remettre en question leurs décisions.

Cet arrêté devrait être annulé (entre autres) pour les grossières illégalités suivantes :

-          le récif de la Grande Sèche n’est pas une carrière, il n’est pas répertorié par le schéma départemental des carrières opposable aux tiers,

-          la capture et a fortiori la destruction de coraux est interdite en Martinique depuis 1978,

-          l’extraction de granulats marins n’est pas du dragage, l’extraction de granulats marins relève du code minier et nécessite une autorisation par arrêté ministériel,

-          la compensation proposée de créer 1300 m2 de récifs artificiels (expérimental) pour remplacer la destruction de 13 hectares de récif naturel est illégale,

-          la réglementation sur les études d’impact est bafouée, puisque la destruction du récif est évitable (doctrine Eviter-Réduire-Compenser), elle n’est pas indispensable à la réalisation du projet d’extension portuaire, elle ne semble économique que parce que les compensations sont sous-estimées, la recréation d’un milieu réellement équivalent à celui détruit, en terme de biodiversité et de services écosystémiques rendus, serait hors de prix, et de toute façon hors de portée de l’ingénierie écologique existante.

Nous notons également que les prospections minières qui se poursuivent, sous couvert de « vérification des enjeux environnementaux », constituent d’ores et déjà des tentatives d’atteintes à l’environnement. Nous prévoyons donc de porter l’affaire au pénal. D’autant qu’il s’agit d’une récidive aux destructions de 1999 (17 hectares extraits sur la Grande Sèche par la DDE avec le groupe Bouygues pour réaliser les remblais de la plateforme de la Pointe des Grives).

Nous ne doutons pas de votre volonté de protéger la biodiversité martiniquaise. Dans cette perspective, et si l’extension de la Pointe des Grives est, comme annoncé, une priorité pour le développement économique, il est donc urgent de revoir l’arrêté d’autorisation préfectoral en ce sens, et recentrer les études du port vers la conception et le financement de solutions techniques protectrices de notre environnement et de notre biodiversité.

A ce jour, selon nos informations, seul le député Bruno Nestor AZEROT a pris officiellement position par une question adressée à la Ministre de l’écologie le 29 juillet 2014 et toujours en attente de réponse (http://www.nosdeputes.fr/14/question/QE/61986

Nous vous prions, Messieurs les sénateurs et députés, de recevoir l’expression de toute notre considération.

Pour le Collectif « Préservons le patrimoine de la baie de Fort-de-France »/ Le Président de l’ASSAUPAMAR Henri LOUIS-REGIS