Par Jean Crusol*

Dans un article intitulé « Tourisme: la croisière s’amuse », Yan MONPLAISIR, prétend que le Comité Martiniquais du Tourisme aurait choisi d’opposer certaines branches de l’activité touristique à d’autres. En particulier, il donnerait la préférence à la croisière contre la grande hôtellerie. Et il  affirme même que « si le constat du CMT est que l’hôtellerie traditionnel est moribonde et que l’avenir serait dans le développement de l’hébergement privé, il commet une erreur stratégique ».

C’est là un bien mauvais procès!

Sur quoi s’appuie-t-il pour lancer ces affirmations?

Sur le seul titre d’un article paru dans FA, « La croisière au beau fixe, l’hôtellerie moribonde », article qui vise à rendre compte d’une conférence de presse donnée par l’équipe du CMT le 3 Octobre 2014.

A aucun moment, personne au CMT n’a prononcé, ni pensé de telles absurdités!  Et ce titre ne fait justice ni à la politique touristique conduite par le CMT, ni aux résultats enregistrés ces derniers temps dans ce secteur, encore moins aux efforts que font la Région et le CMT pour relancer un secteur qui était en déclin en 2010!

Il est vrai que les résultats de la Martinique sont excellents dans le domaine de la croisière. Alors que la Caraïbe insulaire recule globalement, au profit de nouvelles destinations émergeantes (Amérique Centrale, Amérique du Sud, Asie Pacifique…) et que des îles habituellement bien placées régressent entre les premiers semestres 2013 et 2014 – Antigua -10,9%; Aruba -6,3%; Saint-Vincent -5,2%; Barbade -1,8% – la Martinique est la destination qui progresse le plus: +62,4%!

Mais cela signifie-t-il que des progrès ne sont pas enregistrés dans les autres branches du tourisme?  ni que des efforts importants ne sont pas consentis les concernant? Pas du tout!  Alors que l’ensemble des destinations de la Caraïbe insulaire subit une crise particulièrement difficile, le nombre des visiteurs de séjour pour le 1er semestre 2014 s’accroit de 4,3% à la Martinique et se compare favorablement aux résultats de nombreuses autres destinations. A la Barbade, il diminue de – 0,2%, à Saint Kitts de -0,6, à Curaçao de – 1,2% et aux Bermudes de -2,4%! Même dans certaines destinations réputées dynamiques, la progression reste inférieure à celle enregistrée à la Martinique. La Jamaïque, par exemple, ne progresse que de 2,7%, les Bahamas de 3,7% et Antigua de 3,8%!

Bien sûr chacun aurait souhaité des résultats plus impressionnants dans la grande hôtellerie! Mais comment y parvenir quand la conjoncture globale n’est pas très porteuse? L’Europe est une zone où la croissance économique est des plus faibles et la France est en crise!

Quand chacun le sait, de plus, que le parc hôtelier martiniquais, qui date pour l’essentiel des années 80-90, soit près d’une trentaine d’années, a besoin d’un sérieux lifting. Au cours de ces dernières années, la Région n’a pas ménagé ses efforts pour accompagner les hôtels qui ont voulu mettre en place des programmes de rénovation. Plus d’une vingtaine d’établissements ont lancé leur programme de rénovation et beaucoup l’ont déjà achevé. Dans tous ces programmes, les aides régionales et européennes sont intervenues à hauteur de plus de 50% soit environ 27 millions d’euros.

Depuis 2013, le Comité Martiniquais du Tourisme  travaille de concert avec l’ensemble des acteurs  (partenaires sociaux, institutions, acteurs privés,…) pour trouver  des solutions pérennes à la problématique de l’Hôtellerie en Martinique.

En début d’année 2014, le CMT a lancé la réalisation du Schéma Directeur de Développement Hôtelier de la Martinique. Une mission qui consiste à mieux cerner les atouts et contraintes qui pèsent sur les exploitations martiniquaises, notamment dans le contexte concurrentiel caribéen et à définir ensemble les leviers d’actions les plus porteurs pour des résultats économiques durables.

Les solutions proposées prendront en compte l’engouement de la clientèle touristique pour d’autres types d’hébergement : pour l’année 2013, 24,8% de la clientèle a séjourné à l’hôtel, 7,6 % dans des villages Vacances,  32% dans des villas ou des appartements loués, 29,7 % chez des amis ou des parents et 1% autres.

Le développement de l’hôtellerie ne peut se concevoir sans celui du transport aérien. La réforme de la gestion de l’aéroport a été opérée et des progrès très sensibles ont été enregistrés en matière de dessertes suite aux actions du CMT. Et ceci, tant dans la desserte transatlantique que dans celles caribéenne et américaine. En 2013 et 2014, de nouvelles compagnies se sont installées et de nouvelles lignes ont été ouvertes: XL Airways a repris la liaison avec CDG arrêté par Air France. Air Caraïbe, Cubana de Aviacion, Américan Airlines, Seaborne Airlines, Air Antilles Express ont ouvert (ou repris) de nouvelles liaisons vers la Caraïbe et l’Amérique du Nord. Air Canada a intensifié ses vols sur la haute saison.

Bien sûr, il y a encore beaucoup à faire pour que la Martinique atteigne le niveau d’équipement et la dynamique touristique auxquels elle peut prétendre, compte tenu de ses atouts, mais il faut regarder aussi d’où elle est partie, il y a tout juste quatre ans !

 

*Jean Crusol est conseiller régional, président de la commission développement économique et de Martinique Développement (Ex. ADEM)