Après un parcours de Directeur de Communication en collectivités territoriales et établissements publics, André Adenet-Louvet est Consultant en communication publique en Martinique.

« Les consultations programmées les 10 et 24 janvier 2010 sur l’évolution institutionnelle de la Martinique ont une fois de plus, mis en évidence l’importance cruciale de la communication dans la mise en œuvre de tout projet politique

Patate chatt ! Comment mobiliser les martiniquais(es) sur des questions de statut alors qu’en plein cœur de la crise économique que traverse notre pays les aspects plus ordinaires de la vie quotidienne ne sont pas pris en charge ? ou si mal si l’on en croit les usagers ici et là….

Comment traduire des questions de statuts aussi complexes et techniques en enjeux compréhensibles pour chacun ?

Il est, vous en conviendrez tentant compte tenu de mon positionnement professionnel de comprendre cette consultation comme un cas d’école. Avec ce débat et la nécessaire explication sur ses enjeux, nous touchons du doigt toute la complexité de la communication politique locale.

Tentons d’y voir plus clair en détricotant les différentes composantes du débat actuel.

Tout d’abord il y a

L’objet, ce sont deux consultations (les 10 et 24 janvier 2010) : La première portant sur un changement de statut vers plus d’autonomie dans le cadre du 74 tel que voté par le congrès des élus régionaux et départementaux, la seconde portant sur une réforme institutionnelle vers la création d’une assemblée unique et d’une collectivité unique dans le cadre de l’article 73.

Les acteurs :

-Le gouvernement avec une caution présidentielle inédite ‘ « je suis contre le statut quo » N. Sarkozy

-Alfred Marie Jeanne, Député et président du conseil régional de Martinique

-Claude Lise, Sénateur et président du conseil général de Martinique

-Serge Letchimy, Député Maire de Fort de France

-Les élus du congrès

-Les médias

-Les électeurs

Un contexte particulier

Nous sommes dans une Martinique endeuillée, affaiblie par une succession de traumatismes collectifs : la mort de Césaire, le Crash aérien, Dean, le tremblement de terre, le scandale de la chlordécone et plus récemment la grande grève de février. Aujourd’hui encore le pays ne s’est pas remis.

8 mois après les évènements de février/mars 09, la société martiniquaise est blessée. Le climat social est lourd et notre économie au plus mal. Les états généraux ont accouché de généralités.

En effet, comment ne pas reconnaître que les principales mesures du plan gouvernemental pour l’outre mer sont pour l’essentiel déjà énoncées dans nombre de documents de programmation depuis Confluences en 90 ou le SMDE, l’agenda 21 et j’en passe.

Le gouvernement qui veut reprendre la main, multiplie les annonces et joue des symboles.
Une antillaise est nommée ministre. Elle est guadeloupéenne… comme le LKP.

En face les collectivités locales sont k.o debout. Désargentées comme jamais. Et nos élus sont en proie à tous les doutes. Il faut dire qu’entre la suppression annoncée de la TP, la baisse des recettes de l’octroi de mer, la réforme Balladur et le débat statutaire local, il faut s’accrocher.

Des questionnements en vrac

A ce moment précis du propos gardons à l’esprit ces 2 postulats ;

-la communication est médiation

-l’image que le récepteur (le citoyen-électeur-contribuable) a de l’émetteur (les élus et leur staff) est aussi importante que le message lui-même.

En clair posons-nous la question du lien de confiance tel qu’il existe réellement entre les électeurs et leurs élus.

Posons nous cette question en ayant à l’esprit que 8 mois plus tôt la rue « prenait le pouvoir » au détriment d’une classe politique sonnée et médusée devant le feu du mécontentement populaire

Quid de la question Béké qui s’est invitée par un reportage télévisé venant de l’autre bord à ce moment précis qui a brouillé un peu plus le débat. Elle n’a pas été réglée, loin s’en faut.

Que penser du positionnement de la droite locale qui essaie de se redynamiser avec la récente victoire de LESUEUR aux municipales de Rivière Salée et semble prôner un oui au 73 avec une assemblée unique et ce qui semble moins perceptible dans leur discours une collectivité unique ?

Et le rôle d’internet dans la campagne avec l’avènement du cercle des experts anonymes ?

Comment ignorer que lors de la crise de février, les élites politiques et économiques locales qui n’ont rien vu venir (mais qui a vu venir ?) ont été tenues pour responsables du mal vivre ensemble ?

Il faudra s’interroger sur l’absence d’une communication de masse, transversale et pro active autour de l’agenda 21 et du SMDE. Parce que la retransmission télévisée des plénières ne saurait remplacer une vraie stratégie de communication. Il a manifestement manqué après l’adoption de ces projets par les élus cette étape de mise à disposition du public pour d’abord informer les citoyens et puis leur permettre d’amender et d’enrichir les projets au demeurant fort intéressant. Cela aurait peut être évité la critique récurrente et insupportable d’absence de projet pour la Martinique.

Qui a oublié cette image du préfet Mancini le jour de la signature du protocole de fin de conflit toutes dents dehors et flanqué du tee shirt rouge du collectif ?

Parce qu’elle met en présence les principaux protagonistes des évènements de février autour d’une question de confiance, cette consultation a valeur de sondage des opinions locales sur la situation actuelle du pays.

Question de confiance envers nos élus et envers nous même

Et c’est sur fond de crise du système et en l’absence de consensus que la Martinique peine à se trouver un homme ou une femme providentiel !!!

Les martiniquais vont-ils donner plus de pouvoir à leurs représentants (Lise et Marie Jeanne aujourd’hui) pour conduire les affaires du pays ? Vont-ils se montrer plus nuancés en rejoignant la position du PPM ? Ou vont-ils dire un grand OUI au statu quo (en oubliant volontairement la réforme territoriale annoncée pour 2014) ? Soit Non le 10 janvier au 74 et Non le 24 à l’assemblée unique/collectivité unique avec le 73.

Et si le grand vainqueur était l’abstention ? Posant ainsi la question du niveau d’expression démocratique acceptable. Question qui a tout son sens dans le cadre d’une consultation. En 2003 je me souviens que cette question avait été largement débattue.

La campagne officielle sera courte, mais les uns et les autres sont déjà sur le terrain (les médias, internet, le porte à porte et les réunions, les tracts…) Et c’est temps mieux, il reste peu de temps pour mieux informer les électeurs sur le contenu des options proposées et donc des choix à faire.

Les messages des uns et des autres semblent aujourd’hui encore inaudibles malgré les bonnes volontés et le militantisme.

Un rendez vous important dans ce contexte, le débat parlementaire annoncé en début décembre par la ministre de l’outre mer. A cette occasion des réponses seront peut être apportées à certaines questions comme la pérennité des aides sociales, les relations avec l’Europe, les 40% des fonctionnaires, la retraite, la santé pour tous, la fiscalité, les aides à l’économie… Mais si l’on prête l’oreille, une certaine défiance s’entend vis-à-vis des parlementaires français sur ces questions institutionnelles.

Décidément nul ne sait ce qui sortira du « chapeau » de cette consultation.

Parce que le vote est secret, parce que dans notre Martinique le rationnel doit composer avec l’invisible, parce que le paradoxe antillais est une réalité…parce que… parce que…

Confiance ou méfiance vis-à-vis de nos élus pour initier et conduire le changement institutionnel ? Au moment ou nous écrivons, c’est à cette seule question que les martiniquais répondront d’abord le dimanche 10 janvier …dans le secret de l’isoloir… Et c’est seulement après, en sortant des bureaux de vote qu’ils prêteront une oreille à la question officielle qui leur avait été posée…… Pétèt’..
 »

André ADENET-LOUVET
Schoelcher, le 23 novembre 09