Tribune – Yvon Joseph-Henry – Président de l’association des Consommateurs et des Citoyens de la Caraïbe (A3C) | « C’est la raison pour laquelle nous avons entrepris une démarche auprès de l’Etat, qui est de racheter les dettes sociales et fiscales pour leur permettre de rénover et d’investir. Ces dettes devant être remboursée sur le long terme. » Mme Marinette Torpille F.-A. 19 janvier 2017

La nouvelle aurait pu passer complètement inaperçue ! Dans une interview dans le F.A. du 19/01/2017, la conseillère exécutive chargée du développement économique déclare  avoir demandé à l’Etat de pouvoir racheter les dettes fiscales et sociales des hôteliers pour leur permettre de rénover et d’investir.

 

Cette demande au fond n’est pas nouvelle. En 2010, lors d’une conférence à Batelière, en présence de l’ancien Président de la République Nicolas SARKOZY, cette doléance avait été plaidée par Yan MONPLAISIR, chef d’entreprise  en charge à l’époque du secteur hôtelier du groupe MONPLAISIR et aujourd’hui 1er vice-président de l’assemblée de Martinique. La réponse de l’Etat fut alors d’y répondre au cas par cas.

 

Plus récemment, nous avons tous lu qu’un grand groupe hôtelier de la place, avec le concours et le soutien de l’ancien Conseil régional, avait obtenu l’abandon partiel d’une créance de millions d’euros de ses dettes sociales et fiscales moyennant un transfert de patrimoine au profit de l’Etat.

 

Cependant, dans le contexte actuel, cette demande de rachat des dettes sociales et fiscales du secteur hôtelier par la CTM est choquante à plus d’un titre. Sur le fond comme sur la forme ! Est-ce le rôle de la CTM d’intervenir directement auprès de l’Etat en faveur d’investisseurs privés endettés ?

 

En effet, aucun pan de l’économie martiniquaise n’est épargné par la crise. Aucun secteur n’a ses comptes au vert. Sur quels critères donc décider d’exonérer tel ou tel secteur d’activités ? Si le tourisme est capital pour l’économie martiniquaise à juste titre, commençons par lui accorder la reconnaissance qu’il mérite, en lui allouant un budget nécessaire et représentatif à la CTM et non pas le misérable 1% du budget alloué !

 

Pourquoi choisir le secteur de l’hôtellerie plutôt que celui du BTP ou encore des petites PME par exemple (transport, petits artisans,…) qui participent et concourent également à l’activité touristique ? Connaissant les difficultés incommensurables que rencontrent les chefs d’entreprise des PME à boucler leurs fins de mois, à nourrir leurs familles et parfois en sacrifiant leurs congés pour honorer leurs dettes fiscales et sociales, pourquoi ne pas les prioriser également?

 

Cette demande de la CTM de rachat des créances sociales et fiscales unilatérales au profit des hôteliers est d’autant plus surprenante qu’elle crée une rupture d’égalité et de traitement entre les différents secteurs économiques martiniquais.

 

Une telle décision de rachat des créances de tel ou tel secteur de l’activité économique aurait dû pour le moins, faire l’objet sinon d’un agrément de l’assemblée, du moins d’une discussion, d’un débat en plénière. C’est ainsi qu’en démocratie, dans un Etat de Droit, des décisions justes se prennent et s’affirment !

 

C’est lors de débats publics, que le citoyen martiniquais, même s’il ne partage pas les décisions d’une majorité s’informe, dispose au travers de ses représentants des éléments en débat. Or aujourd’hui, une fois encore c’est au travers d’une interview que le citoyen apprend au détour d’une phrase, des décisions prises, comme l’on dit chez nous « An ba fey ! » C’est inacceptable !!!

 

Cette décision l’est d’autant plus qu’au début de cette nouvelle année, la CTM a décidé de frapper le contribuable martiniquais au portefeuille, en augmentant notablement différentes taxes (carburant notamment,…)…. Alors « qu’An ba fey », elle sollicitait de l’Etat un rachat  fiscal et social pour le secteur hôtelier !!!

Prendre une telle décision en catimini, sans débat démocratique ne peut que donner crédit aux propos maintes fois entendus, que les politiques privilégient à tort ou à raison leurs intérêts personnels avant celui de l’intérêt supérieur de la Martinique ! LA NI AN BIZNESS KA FÊT !!!

 

Cette demande valide l’adage bien connu : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir !!! »

Or c’est précisément sur le volet de l’Intégrité, de l’Equité et de la Justice, que le Président du Conseil exécutif de la CTM pense avoir bâti et construit son image et sa notoriété.

 

Une décision de cette nature, dans la manière de la prendre, suscite de la part de la population bien des interrogations sur la vraie nature du Contrat de gestion passé entre les différents partenaires de l’Alliance majoritaire. Elle valide en tous cas tous les doutes émis à l’époque sur la sincérité des convictions des uns et des autres.

 

L’Association des Consommateurs et des Citoyens de la Caraïbe souhaite dans les meilleurs délais l’élaboration du projet de développement économique exigé par la Loi, alors que cela constitue une obligation de toute nouvelle collectivité élue dans l’année qui suit son élection d’une part ; et d’autre part, à l’occasion du débat qui s’ensuivra, la mise en évidence des priorités et des secteurs économiques à aider le cas échéant.

 

L’Association des Consommateurs et des Citoyens souhaite que l’ensemble des conseillers territoriaux de la majorité comme de l’opposition fasse des propositions pour mettre ces questions centrales à l’ordre du jour des toutes prochaines plénières ! Le citoyen martiniquais doit savoir comment est utilisé l’argent des martiniquais ! Car il s’agit bien de l’argent public, celui des martiniquais !

 

Illustration : Le club Med, l’un des grands hôtels de Martinique