Tribune – Jean-Claude Dolmen | Entre responsabilité sociétale et dialogue constructif …….. quel avenir social et solidaire pour la Martinique ?  Le cas de la reprise de l’ADARPA

Depuis de très longues années, la société française dans son ensemble et la société Martiniquaise en particulier, sont confrontées à une crise importante qui a eu notamment pour effets de creuser les inégalités et générer du chômage et de l’exclusion.

Pour atténuer ces effets, les réseaux de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) ont développé des actions permettant de recruter, d’accompagner et de former les personnes ne répondant plus aux exigences d’un marché du travail devenu très sélectif.

Fortement ancrées sur le territoire de la Martinique, ces structures associatives à but non-lucratif (qui veillent au bien-être de leur communauté, sans objectifs ni activités visant à procurer à ses membres un quelconque avantage économique ou profit), contribuent au développement économique local tout en assurant un rôle indispensable de vecteur de cohésion sociale et d’outil d’acquisition de compétences.

De plus en plus inscrites dans les politiques publiques de l’emploi, le secteur de l’ESS  est devenu une interface efficiente entre l’économique et le social, ou plus précisément entre des logiques temporelles (les marchés à conquérir et à rentabiliser) et des logiques spatiales (les territoires à vivre ensemble).

Ainsi, l’ESS place t’il l’Homme au cœur du développement local durable orienté vers l’emploi.

En plaçant ainsi l’Homme au cœur de ses préoccupations, l’ESS s’inscrit dans un concept d’entreprenariat social et solidaire, faisant la promotion de l’emploi salarié de proximité, non délocalisable et se positionnant sur des secteurs d’activité porteurs d’emplois.

La question de la responsabilité sociétale, à cet égard, demande un certain type de paradigme culturel et, en conséquence, de politique. Nous sommes responsables de l’accompagnement des générations précédentes, tout autant que de la formation de nouvelles générations, compétentes techniquement, et fermes sur les valeurs éthiques.

L’avenir exige de nous en effet une vision humaniste de l’économie et une politique qui réalise toujours plus et mieux la participation des personnes dans leur parcours de vie, évite les élitismes et déracine la précarité, voire la pauvreté.

Que personne ne soit privé du nécessaire et que dignité, fraternité et solidarité soient assurées à tous : ce doit être la route à suivre.

Dans notre responsabilité partagée, il est important de comprendre toute la réalité, en observant, soupesant, évaluant, pour prendre des décisions dans le moment présent, mais en élargissant le regard vers l’avenir, en réfléchissant sur les conséquences des décisions.

Celui qui agit de manière responsable place sa propre action devant les droits des autres et devant sa propre conscience. Ce sens éthique m’apparaît aujourd’hui comme un défi historique sans précédent. Au-delà de la rationalité scientifique et technique, dans la situation actuelle s’impose le lien moral avec une responsabilité sociale et profondément solidaire.

Mais….. Au-delà de l’humanisme intégral…… s’impose la nécessité d’un dialogue constructif.

Entre l’indifférence égoïste de ces dernières années et la protestation violente de Février 2009, il y a une option toujours possible : le dialogue.

Le dialogue entre les générations, le dialogue avec la population, avec les structures associatives, avec nos institutions, la capacité de donner et de recevoir, en demeurant ouverts à la vérité.

En acceptant de nous dire les choses…En acceptant de les entendre.

Un pays grandit quand dialoguent de façon constructive ses diverses richesses culturelles : culture populaire, culture universitaire, culture des jeunes, culture artistique et technologique, culture économique et culture familiale, et culture des médias, culture politique.

Il est impossible d’imaginer un avenir pour notre société sans une forte contribution d’énergies morales dans une démocratie qui n’est jamais exempte du fait de demeurer fermée dans la pure logique de représentation des intérêts constitués.

L’autre a toujours quelque chose à nous donner, si nous savons nous approcher de lui avec une attitude ouverte et disponible, sans préjugés….Dans ce que j’appelle  la « Pépite Attitude ».

C’est seulement ainsi que peut grandir une bonne entente entre les cultures et les institutions, l’estime des unes pour les autres sans précompréhensions gratuites et dans le respect des droits de chacun.

Le respect mutuel entre les hommes et la collaboration pour construire une société plus juste ne sont pas une utopie, mais le résultat d’un effort concerté de tous en faveur du bien commun.

Aujourd’hui, dans un contexte social fragile, budgétaire contraint et politique incertain du fait des échéances à venir, il convient de plus en plus de porter la conviction que le poids économique et la contribution sociale des acteurs de l’ESS peut constituer une réponse appropriée, si nous voulons réellement sortir de l’inertie opérationnelle et actionner des leviers d’actions concrètes face à la dégradation du contexte social local.

C’est pourquoi l’ESS, se situe incontestablement au cœur d’une action de développement local, durable et orienté vers l’emploi et la cohésion sociale. C’est une action de proximité et de dynamisation sociale, situant l’homme au cœur du développement local. C’est aussi une action de requalification, de préservation de l’avenir des hommes et des territoires, des hommes dans les territoires.

En complémentarité des dispositifs de formation, d’insertion et de solidarités existants sur notre territoire, l’ESS constitue un outil essentiel qui a fait ses preuves en plus de trente ans de pratique dans l’accompagnement des transitions sociales et professionnelles, particulièrement pour les personnes les moins qualifiées et/ou en situation précaire.

Le lien existant entre le développement économique, l’emploi et l’insertion sociale et professionnelle est donc un enjeu primordial : il permet de garantir la cohésion sociale et territoriale tout en répondant à des objectifs en terme de compétitivité et d’attractivité des territoires communautaires en particulier, et partant, de tout le territoire Martiniquais.

C’est la raison pour laquelle, la société civile doit pouvoir assumer le rôle de partenaire sur lequel les décideurs politiques martiniquais peuvent et doivent compter afin de contribuer à l’enrichissement des réflexions menées sur l’axe du développement local et de la Cohésion sociale

Leur organisation structurée constitue par ailleurs une réponse appropriée au besoin d’engagement rapide d’actions concrètes face à la dégradation du contexte social local.

En un mot, l’ESS se situe véritablement au cœur d’une action de développement local, durable et orienté vers l’emploi. C’est une action de proximité « hommes et territoires »…. C’est une action de dynamisation sociale « hommes et territoires » C’est une action de requalification « hommes et territoires » C’est une action de coopération « hommes et territoires » C’est une action de préservation de l’avenir des hommes et des territoires…….

Alors, pourquoi ne pas imaginer une forme de créolisation de notre ESS, parce que nous en sommes tous et chacun responsables, en répondant à l’invitation de notre penseur et illustrateur de l’antillanité Edouard GLISSANT qui nous dit que : « La créolisation, c’est un métissage d’arts ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre.

Une créolisation éthique, responsable et respectueuses des identités locales.

C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence, deviennent créateurs.

C’est la création d’une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l’uniformisation ….. Elle se fait dans tous les domaines : musique, arts plastiques, littérature, cinéma…à une allure vertigineuse… »

Et pourquoi pas dans le domaine transversal que représente l’ESS ?

Dans le cas actuel et particulier de la liquidation de l’ADARPA avec plan de cession à un repreneur , c’est véritablement d’un enjeu de survie sociétale dont il s’agit aujourd’hui, à condition que nous acceptions de nous laisser animer et investir d’une foi inébranlable en nos intelligences, nos savoir-faire, notre imaginaire et notre génie propre.

Nous sommes à un point de bascule de notre histoire sociale.

Il y a de enseignements à tirer de tout le processus qui a conduit à l’audience du Tribunal judiciaire du Mardi 29 Mars 2022.

N’y a t’il pas à s’interroger sur l’objectivité et les réelles motivations avouées ou inavouées / inavouables de certains professionnelles des procédures collectives (rémunérés) chargés de conseiller et accompagner les salariés ?…

Les sommes d’argent mirobolantes promises comme par le Père Noël au Carême,  peuvent-elles être les seuls critères de choix du repreneur ?

L’avocat censé représenter et défendre les intérêts des salariés semblait bien être le seul à le penser….

Serait-il le seul à ignorer l’histoire constante de ce groupe en matière de reprise de structures sociales et médico-sociales ?

La procédure qui a conduit à la cession de l’ADARPA doit être l’occasion de nous interroger sur le rôle et la responsabilité de chaque Martiniquais dans la gestion de notre patrimoine commun. L’ADARPA est un élément de notre patrimoine social.

Une génération de militants associatifs martiniquais se sont positionnés à titre bénévole non lucratif (veiller au bien-être de leur communauté, sans objectifs ni activités visant à procurer à ses membres un quelconque avantage économique ou profit) … En l’occurrence, ils ont accompli la mission au sens où l’entendait Frantz FANON (« Chaque génération, doit dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir… »

Ces bénévoles qui, avec leur volonté, leur engagement, leurs compétences ont présenté un dossier jugé unanimement « sérieux » par l’ensemble des personnes en charge de l’instruction des offres, ne pouvaient aller au-delà, notamment sur le plan financier seul faiblesse du dossier.

Pourquoi alors, les autorités politiques compétentes n’ont-elles pas soutenu le seul dossier de reprise Martiniquais, pourtant jugé sérieux ?

Pourquoi les conseils des salariés, censés défendre leurs intérêts, ont-ils passé leur temps à discréditer ce dossier et l’écarter de toute relation avec les salariés ?

Pourquoi les conseils des salariés n’ont t’ils pas permis aux salariés qu’ils étaient censés conseiller, de bénéficier de toutes les informations utiles, notamment celles apportées par l’AMAPV , en termes d’amélioration de l’offre ?

Pourquoi la seule réunion d’information avec le personnel a-t-elle été annulée alors que le Président de l’AMAPV avait confirmé sa présence ? est-ce parce que l’un des repreneurs en particulier n’avait pas voulu y participer ?

Pourquoi un simulacre de consultation a-t-il été organisé le Vendredi 25 Mars 2022, sous une forme inédite de vote de tous les salariés candidat par candidat, au lieu d’un vote général invitant à se prononcer sur le meilleur repreneur pour un classement final de 1 à 3 ? Pourquoi avoir remis un tableau comparatif à charge contre l’AMAPV juste avant le vote ?

Les réponses à toutes ces interrogations sont laissées à l’appréciation de chacun(e).

Cependant, la Présidente du Tribunal Judiciaire, la Procureure de la République, l’Administrateur Judiciaire et le Liquidateur Judiciaire n’ont pas manqué de signaler qu’ils n’avaient pas été dupes de ce qui se déroulait quant à la priorisation faite du grand groupe français, même s’ils ont finalement respecté les demandes non équivoques des salariés et de leurs conseils.

Il a en effet été mis en exergue des caractéristiques notoires de ce Groupe hexagonal, qui semblent avoir totalement échappé à l’analyse des conseillers des salariés et de nos principaux décideurs politiques locaux, à savoir « un endettement exponentiel » sur ces dernières années, et le fait que ce groupe « métropolitain » affiche selon ses propres déclarations à la barre « une connaissance limitée du contexte local » et se caractérise, selon le Ministère public par « des méthodes de travail qui pourraient être dépourvues d’humanité dans un secteur où l’empathie doit rester une qualité prépondérante…. »

Les responsables politiques Guadeloupéens et/ ou Corses, auraient-ils, dans une situation équivalente sur leur territoire, posé un jugement de Pilate, alors qu’une offre locale crédible était proposée ?

 

Les attendus du jugement, notamment l’analyse de la Procureure de la République , éclaireront objectivement la réflexion de toutes femmes et hommes de bonne volonté de notre pays.

 

Une fois de plus, nous avons fait ce qu’il fallait pour être, en plein carême, un jouet sombre au carnaval des autres, au moment où nous ambitionnons de plaider pour davantage de responsabilités politiques.

Néanmoins, je continue à entretenir le rêve pour notre pays d’un nouveau chemin d’espérance et de responsabilité plus respectueux et solidaire, mais je ne veux pas être le seul, tant il est vrai que « lorsqu’un seul homme rêve, ce n’est qu’un rêve…Mais si beaucoup d’hommes rêvent ensemble, c’est le début d’une réalité »…

A nous donc, dans l’unité et le respect mutuel, d’en faire une réalité !!!!

Jean-Claude DOLMEN

Militant associatif bénévole

Trésorier de l’AMAPV

Extraits-Jugement-ADARPA

*Le titre est de la rédaction