Politiques Publiques aborde cette année le Tour des Yoles à sa manière, pas seulement à travers le suivi des étapes et les résultats sportifs, mais également à travers quelques analyses liées à cette manifestation d’envergure. Yves-Léopold Monthieux nous livre une chronique relative aux experts qui interviennent depuis quelques années sur les médias, pour commenter la course. Des experts qui ont pu se régaler aujourd’hui, en suivant la remontée fantastique opérée par l’équipage de Félix Mérine, qui positionné en avant -dernière Yole de la flotille (17ème sur 18) entre Trinité et Sainte-Marie, a terminé l’épreuve…en grand vainqueur au Prêcheur !

A l’école du Tour des Yoles

S’il est aujourd’hui établi que le Tour des Yoles est incontestablement la manifestation la plus populaire de la Martinique, c’est dû, certes, à la qualité du spectacle offert par les ailes colorées et les puissantes poitrines alignées sur ces petits bateaux qui vont sur l’eau. Sur une eau capricieuse, à travers un vent non moins versatile. Mais un aussi beau spectacle est aussi servi par une capacité d’organisation que l’on retrouve également dans les compétitions cyclistes alors même que, plus souvent que rarement, les trophées reviennent aux invités. Ce qui n’a pas été le cas cette année : honneur au champion martiniquais de 2013 ! Nous devons donc nous accorder sur le fait qu’en dépit de notre indiscipline proverbiale, nous avons d’excellents organisateurs et, à cet égard, de nouveaux visages apparaissent chaque année.

Au moment où j’écris ce papier, la seconde étape du Tour vient de se terminer en un mano a mano de toute beauté entre le vainqueur et le dernier de la précédente. Oui, le vainqueur et le dernier d’hier, illustration magnifiée de la vertu du sport. Les Vauclinois de Socara – Maaza ont raté d’un cheveu une victoire qui, quinze minutes plus tôt, paraissait ne plus leur échapper, laissant aux Robertins de Ufr – Chanflor la possibilité de faire étalage de leur longue expérience. C’eût été un brillant exploit pour le lointain successeur du vieil ancêtre « Vini wè sa » des années soixante, les premières du Tour des Yoles, où le Vauclin était l’une des villes pionnières. N’est-ce pas Georges Brival ? En l’absence de faits majeurs au cours de l’étape, les Vauclinois auront co-signé l’action la plus spectaculaire de la journée : le sprint final à Trinité. Pour les jeunes yoleurs, c’est mieux qu’un prix de consolation.

Mais qu’aurait vraiment compris le téléspectateur de ce renversement de situation à Trinité sans les explications données en temps réel par Jean Trudo et Eric Cintas sur Martinique Première ? Et sur d’autres stations, par d’autres commentateurs aussi avertis ? Il n’est pas sûr que le Tour des Yoles eût connu le succès d’aujourd’hui sans cette Ecole de Yole dirigée en temps réel par des hommes qui ont permis de modifier le discours ambiant autour des courses d’antan. Voilà un exemple à méditer sur l’importance de la connaissance dans le combat contre l’obscurantisme.

Depuis Maurice Antiste, véritable professeur ès yole, les supporters ne justifient plus la défaite de leur embarcation favorite par l’intervention de forces occultes. Ils savent désormais que rien ne se passe sur l’eau qui ne réponde à la logique des forces naturelles, de la matière et de l’intelligence, et que c’est seulement en fonction de ces éléments qu’il convient d’analyser les mérites ou l’insuccès de leurs poulains. Le spectateur le moins averti a compris pourquoi les Vauclinois ont aujourd’hui perdu leur course. En d’autres temps, pour nombre d’entre eux, le quimbois aurait été rendu responsable d’une aussi courte défaite. Aujourd’hui, ils ont tous compris que les quelques secondes perdues par leurs yoleurs préférés l’ont été parce que ces derniers, leur seule faiblesse du jour, n’ont pas su godiller aussi bien que leurs concurrents.

Le 30 juillet 2013

Photo © Chanflor