La 16ème édition du Convoi pour les réparations a débuté le jeudi 5 mai 2016 avec un convoi des enfants, organisé au Diamant. Ces derniers se sont rendus de la maison du bagnard au site du mémorial Cap 110 ou le plasticien Laurent Valère et plusieurs intervenants leur ont raconté l’histoire des lieux, et la symbolique du monument.

Le grand départ du Konvwa pou réparasyon a lieu ce lundi 9 mai à 18 heures à Sainte-Anne. La marche nocturne traversera la Martinique par étapes pour rejoindre le Prêcheur la veille du 22 mai.

Ci-après le texte de présentation de cette 16ème édition, signé de Garcin Malsa et le programme des manifestations.

Pélérinage aux ancêtres déportés  : Cultivons notre Africanité avec nos Artistes

La 16ème​ édition du Konvwa pour les Réparations sera transformée en un véritable pèlerinage aux ancêtres comme l’avaient souhaité depuis 2010 de nombreux participants, notamment les caribéens anglophones ainsi que les afro américains.

Ce pèlerinage aux ancêtres coïncide avec le lancement de la décennie internationale des personnes d’ascendance africaine. Cet évènement qui fut initié par le Comité National pour les Réparations (CNR) Martinique en partenariat avec l’O.N.U et la ville de Fort­de­France a connu un franc succès. Ce fut ainsi l’occasion, ce16janvier2016, de faire connaître aux martiniquais l’existence et la portée de la résolution de cette décennie décrétée par l’O.N.U. Que tous les intervenants et participants en soient chaleureusement remerciés !

Notre Konvwa­pèlerinage intégrera donc une dimension sacrée donc symbolique, une dimension laudative, une dimension physique à travers la marche. Tout ceci sera chargé de transmission de messages mettant en relation le passé, le présent et le futur à envisager.

C’est pourquoi le MIR (Mouvement International pour les Réparations) et les autres membres coorganisateurs ont voulu en cette année de pèlerinage, accorder une place particulière aux artistes musiciens, plasticiens, dramaturges, conteurs qui sont des ambassadeurs incontournables de l’histoire d’un peuple.

Aussi paradoxal que cela puisse être, nos artistes martiniquais ne sont souvent reconnus et appréciés qu’après leur mort par la société martiniquaise.

Travaillant dans le cadre de la décennie des personnes d’ascendance africaine et marchant sur les traces des actions et réflexions du MIR, référence sera faite aux artistes qui ont valorisé et glorifié les racines africaines à travers leurs œuvres musicales, picturales, théâtrales ou autres.

Ainsi le pèlerinage aux ancêtres déportés aura pour décor emblématique la participation des artistes engagés dans la recherche et la connaissance de notre africanité. Mieux, l’aboutissement du Konvwa en pèlerinage aux ancêtres déportés, doit être perçu comme un processus réalisé cette année sous l’éclairage des artistes africanistes. Il coïncide avec le 60ème​ anniversaire du 1Congrès des écrivains et artistes noirs qui s’est tenu à Paris en 1956.

Le son et la lumière qui rythmeront et éclaireront la marche des pèlerins volontaires n’auront de sens et d’originalité que si on se rappelle qu’il y a 60 ans des hommes et des femmes africains ont collectivement à travers leurs gestes, leurs écrits et leurs paroles, réaffirmé la réhabilitation de l’Afrique et de l’Homme africain. C’est sous l’impulsion du sénégalais Alioune Diop fondateur du magazine Présence Africaine en 1947, que des figures intellectuelles ont participé à ce 1​Congrès. On pouvait noter la présence d’Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon Gontran Damas, Frantz Fanon, Cheik Anta­Diop. On espérait la présence de William Edouard Bunghardt DuBois, mais ce dernier fut le grand absent. Cependant, il suivait de près le mouvement des droits civiques aux USA auprès de Martin Luther King Junior qui a reçu de lui un message de soutien lors du boycott des bus à Montgomery. William Edouard Bunghardt Du Bois était attendu au Congrès car il était avec Alain Locke et Claude Mackay des membres influents du mouvement Harlem Renaissance auquel participaient aussi René Maran (Guyanais) et Blaise Diagne (Sénégalais). Or ce mouvement a énormément inspiré les auteurs de la Négritude à travers le roman Banjo de Mackay. Par ailleurs, William Edouard Bunghardt Du Bois est considéré comme le précurseur du panafricanisme avec Henry Sylvester Williams. Plus tard ils seront rejoints par le trinidadien Georges Padmore, le ghanéen Kwame Nkrumah, le kényan Jomo Kenyatta, Patrice Lumumba le congolais, Amilcar Cabral le guinéen et Frantz Fanon le martiniquais.

Notons que la vision panafricaniste de Du Bois est différente de celle de Marcus Garvey (jamaïcain). L’un réclame des droits civiques et l’autre inscrit ses lettres dans le Retour à l’Afrique.

Plus proche de nous, il convient de savoir que 2016 correspond au 25​ anniversaire de la mort de Eugène Mona dont l’œuvre poétique est pétrie d’africanité. Tout comme celle de Marius Cultier dont on vient de faire un hommage bien mérité en cette fin d’année 2015. Il s’agit de virtuoses dans leur domaine artistique et leurs œuvres traverseront les époques et les espaces au même titre que celles de Bob Marley, de Duke Ellington etc…

Des plasticiens comme Koko René­Corail doivent être retenus sur la liste des artistes que nous devons honorer. D’autres vivants ou morts seront cités en cours de route et trouveront leur place dans le long chapelet dont les grains seront au fur et à mesure frappés de noms à qui on devra reconnaissance et fierté.

Classer la 16​ édition du Konvwa au rang de pèlerinage aux ancêtres, semble correspondre à un appel entendu, qu’espèraient nos ancêtres depuis les premiers cris lancés quand ils quittaient les côtes d’Afrique.

Malgré les souffrances endurées lors de la déportation et de l’esclavage, ils n’ont jamais désespéré de retrouver la liberté. De là où ils se trouvent ils attendent de nous un hymne à leur gloire. Oui, ils le méritent amplement et l’heure de cet hymne est arrivée. C’est l’Afrique, c’est eux, c’est nous, c’est tout cela le pèlerinage aux ancêtres.

Car au cœur du crime ont toujours surgi des chants de douleur remplis d’espoir et nourris d’une sorte de foi en la justice ultime des choses. Une foi aussi en la liberté constatée à travers les scènes de Résistance. Contrairement aux histoires racontées par le colon, nos ancêtres ont toujours résisté à l’oppression tant qu’ils étaient en vie.

C’est essentiellement cette foi en cette quête d’existence et de liberté que, captifs puis déportés et rendus esclaves, ils avaient pu trouver cette énergie transcendantale pour arriver à affronter la mort sans crainte. Espéraient­ils trouver ailleurs dans le cosmos une vie plus paisible ? En effet, leurs chants de douleur se transforment en Espoir comme il est bien mentionné dans « Les âmes du peuple noir » dont l’auteur est William Edouard Bunghardt Du Bois.

« Vous pouvez m’enterrer à l’est,
Vous pouvez m’enterrer à l’ouest,
Mais j’entendrai la trompette sonner ce matin­là ».

Cette mélodie sur fond de musique africaine primitive que nous laissèrent nos ancêtres a traversé des siècles et nous pouvons la reprendre aujourd’hui avec dignité et fierté.

Tout comme cette autre réflexion transformée en chanson de douleur par laquelle l’âme de l’esclave africain déporté parle aux Hommes du monde entier.

Je traverse le cimetière pour déposer ce corps ; J’ai vu se lever la lune, j’ai vu lever les étoiles, Je marche dans la lumière de la lune

Je marche dans la lumière des étoiles ;
Je m’étendrai dans la tombe et j’étirerai mes bras, J’irai vers le jugement à la tombée du jour,
Et mon âme et ton âme se rencontreront ce jour là Quand je déposerai ce corps.

J’exhorte ici le lecteur à se retrouver dans ce courrier pour comprendre la dimension spirituelle du message que nos ancêtres africains nous ont léguée à travers leurs luttes.
A nous de la répandre maintenant.
J’exhorte les artistes à venir porter leurs messages à travers des contes, des expressions musicales, picturales et théâtrales pour que notre pèlerinage soit à la hauteur des luttes de nos ancêtres pour la liberté et la reconnaissance de leur humanité.

Que notre Konvwa­pèlerinage soit léger, doux et paisible comme était la terre d’où sont partis nos ancêtres !

Pour le MIR Le Président

Garcin MALSA

 

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