Tribune – Jean-Marie Nol - Nous assistons périodiquement en Guadeloupe et encore récemment en Martinique à des flambées de violence , et ce malgré le passage aux Antilles de ministres avec son cortège de promesses non tenues de plus d’effectifs dans la police et la gendarmerie.
Jusqu’à il y a peu, nous avons répondu confusément et dans l’urgence, mais nous nous sommes rapidement aperçus que nous ne répondions pas de façon positive et constructive..
Nous sommes, et c’est vrai, déroutés par les manifestations multiples de la violence de nos jeunes et trop souvent nos procédures ne répondent pas.J’entends souvent les reproches qui sont faits aux jeunes concernant la violence.
Le thème de « la violence » est devenu central dans le débat public en Guadeloupe et Martinique . Les responsables commentent en permanence diverses statistiques s’y rapportant : violences sexuelles, violences des jeunes , violences à l’école, homicides, braquages,pillages , règlements de compte, etc… Les médias relayent et illustrent ces interrogations en puisant dans l’intarissable source des faits divers qui émaillent la vie des Guadeloupéens qui sont par ailleurs stupéfaits d’apprendre que leur département est le plus violent de France . Dans la population, il est fréquent de commenter « toute cette violence » pour exprimer une grande inquiétude sur l’avenir .
Mais regardons la réalité en face à partir d’un énième exemple de faits divers en Martinique mettant en exergue la propension à la violence gratuite des jeunes .
Arrêtons l’hypocrisie ! Les jeunes sont à l’image de la société dans laquelle nous vivons à savoir une société irresponsable . L’éducation commence dès le ventre de la mère! les jeunes fonctionnent dans un monde de non sens !!! Tout ce qui faisait le socle des institutions sociales est démantelé (la famille, l’école, la vie chrétienne, les associations). Nous sommes dans la mondialisation et son libéralisme exacerbé, ce qui a pour conséquence des effets pervers sur la population: souffrance au travail des professeurs , agressivité dans les foyers, démission des parents pour vouloir s’occuper de l’éducation de leurs enfants, disparition d’une culture de la tolérance au profit d’autres qui ne favorisent nullement le lien social, pertes des valeurs humaines , diffusion de la violence gratuite à la télé ,progression de la consommation de stupéfiants ,… Il nous faut revenir sur des valeurs de solidarité et faire prévaloir l’éducation, la prévention et la promotion de la valeur travail et surtout la responsabilisation de tous ( adultes, parents, enfants et institutions);
Jadis , le service militaire permettait de canaliser les énergies en permettant l’apprentissage d’un métier , tout en enseignant des notions de discipline , de responsabilité, de respect, évitant l’oisiveté mère de nombreux vices. Il aurait été certainement utile aujourd’hui aux jeunes inactifs, qui errent sans but et sans repères , et ce nonobstant l’action du RSMA . En ce qui concerne le durcissement des sanctions , je suis tout à fait pour une répression accrue. Elle découragerait plus d’un, je n’en doute pas. Il serait temps en effet de prendre des mesures à la hauteur du problème, sans se voiler la face et sans fausse compassion sur l’efficacité de la seule prévention .
Mais ne nous y trompons pas, la délinquance ne se constate pas que chez les jeunes. La violence sous de nombreuses formes est courante en Guadeloupe et Martinique quelle que soit la tranche d’âge et souvent pour des futilités concernant des différends conjugaux ou familiaux . L’agressivité et la provocation sont devenus les moyens de communication en vogue , et la violence mine notre société . Pourquoi la Guadeloupe et la Martinique ne peuvent y faire face ? c’est un autre débat…et justement qui devrait faire l’objet d’un prochain débat sans fard au sein de la société civile antillaise , mais qui risque de remettre en cause tout le système…car nos élus et nos intellectuels devront sans conteste se poser la question : Pourquoi la violence est-elle plus importante aujourd’hui et surtout quels sont les moyens à mettre en oeuvre pour y remédier ?
L’Etat et les élus semblent impuissants à endiguer le phénomène exponentiel de violence en Guadeloupe et Martinique . En réalité , selon nous , non pas qu’ils soient impuissants à régler le problème , ils en sont tout simplement incapables ! Pourquoi ? Tout simplement parce que le ver est dans le fruit !
Ce ne seront ni les gesticulations médiatiques de Valls ( le don quichotte de la sécurité ) , ni les pétitions puériles et manifestations stériles de syndicats de policiers demandant plus de moyens ( un faux problème si l’on considère que tous les meurtres et braquages enregistrés ces temps derniers tant en Guadeloupe qu’en Martinique n’auraient en aucun cas pu être évité avec un surcroît d’effectifs policiers ) , ni les congrès des élus , qui régleront le problème de la violence sur le territoire de la Guadeloupe et Martinique .     En résumé , malgré le renforcement attendu de plus d’éffectifs de policiers et gendarmes , les antillais devront apprendre tant bien que mal à vivre dans une société de plus en plus violente , et personne ne pourra en l’état actuel des choses rien y faire ! On ne peut être plus clair : En l’état actuel des choses , nous considérons le phénomène irréversible ,car la société civile antillaise est au bord de l’asphyxie… .
Un autre regard sur la violence aux Antilles !
S’il est bien un thème qui semble réunir un large consensus, c’est celui qui consiste à désigner les jeunes comme responsables de la violence  ( hors violences intra-familiales bien sûr ). Et c’est vrai que les faits semblent justifier cette affirmation : on a assisté, ces dernières années, à une explosion d’actes qui apparaissent de plus en plus violents et qui sont agis par des acteurs de plus en plus jeunes. Mais, il faut quand même rappeler une réalité : Tout d’abord, ceux qui sont les premières victimes de cette violence, ce sont les jeunes : 80 % des actes commis par des jeunes sont à destination d’autres jeunes. En réalité, la violence n’est pas en soi un phénomène nouveau aux antilles dont l’histoire est jonchée d’épisodes violents . Le problème se situe maintenant surtout du côté de la crise de la société  . La délinquance de certains jeunes antillais n’est plus une délinquance due à un parcours accidenté ( que souvent le service militaire permettait de corriger ) mais elle est souvent aujourd’hui une délinquance d’exclusion. A la tentation de résignation , nous pouvons et devons répondre par une alternative plus ambitieuse qui nécessite concertation et refonte des institutions actuelles de la guadeloupe et de la Martinique notamment sur le plan économique et social et des attitudes sociétales. La vraie question est bien d’essayer de comprendre pourquoi notre génération rencontre plus de difficultés que les précédentes à endiguer voire à gérer le problème de la violence chez les jeunes ? La réponse est peut-être à chercher du côté des déficits d’éducation.Les adolescents connaissent essentiellement la famille, l’école et la rue. Ces trois lieux de vie principaux sont aujourd’hui en difficulté dans leur rôle d’éducation. Ce n’est pas que les parents, les enseignants et les éducateurs soient moins performants qu’autrefois. Mais, c’est le climat de notre société qui rend plus difficile le processus éducatif : le laxisme, le mauvais exemple et le pessimisme de l’adulte « insécurisent » l’adolescent et c’est ce climat qui doit changer tant en Guadeloupe qu’en Martinique . Trois crises y contribuent notablement.
La crise de l’autorité tout d’abord. La grande évolution qui a marqué les Antilles ces dernières années et notamment depuis 2009 , c’est que la position de pouvoir ne génère plus automatiquement une position d’autorité , comme on a pu le constater dans la dégradation des rapports entre élus et citoyens , entre patrons et salariés , entre parents et enfants. L’autorité est fondée sur la crédibilité de la personne qui la revendique. Il faudrait donc moins parler de crise d’autorité que de crise de crédibilité des porteurs d’autorité. C’est vrai d’abord du côté des parents qui sont souvent aujourd’hui en difficulté. En difficulté, et souvent démissionnaires. Être démissionnaire, c’est savoir ce qu’on devrait faire mais ne pas avoir le courage de le faire. Non, leur problème c’est qu’ils ne sont plus en mesure de faire face . À cause, d’abord, de la fragilisation en mode accélérée de la cellule familiale en Guadeloupe et Martinique . C’est la difficulté croissante à transmettre des repères et surtout des règles de conduite (les lieux où se diffusent les valeurs se sont multipliés, au point de marginaliser parfois la famille, autrefois source principale de cette transmission). Ce sont des adultes de plus en plus obligés d’argumenter le bien fondé de leurs décisions , car sommés par la loi de ne plus avoir recours aux chatiments corporels . L’école est aussi atteinte dans sa crédibilité, elle qui devrait préserver l’égalité des chances… et qui est l’endroit le plus instable socialement qui soit.
La seconde crise à laquelle notre société est confrontée concerne l’apprentissage du vivre ensemble. Au sein de la famille, ce qui domine, c’est le refus de dire non, de peur de mettre en péril la relation affective. Dans le voisinage ou dans la rue, le citoyen ne se sent plus concerné par l’éducation de l’enfant qui n’est pas le sien : il s’offusque ou rit d’une transgression dont il est témoin, mais n’interviendra pas pour autant.Depuis la fin du service militaire , l’école est devenue parfois le seul lieu de socialisation où l’on apprend la vie de groupe. Pourtant, certains enseignants refusent cette fonction voulant se limiter à la seule transmission des savoirs. La troisième crise est celle de la vision d’avenir. L’une des sources les plus importantes du bien être réside dans la capacité à se projeter dans la vie future. Il est bien difficile de grandir dans une société où les adultes entrevoient avec pessimisme leur devenir. Cela se traduit notamment par la montée en flèche du phénomène de la drogue et de la délinquance chez les jeunes qui soignent leur mal – être dans les paradis artificiels ou dans l’appartenance à des gangs .! Les trois crises décrites ici ont des incidences directes sur les difficultés actuelles des autorités à endiguer ce phénomène de violence  , car c’est la société antillaise qui est malade .
Stopper la violence en éradiquant les maux dont souffre la société Antillaise
Il est clair qu’aujourd’hui certains groupes de jeunes (mineurs ou jeunes majeurs) vivent en marge de la société. Ils aspirent à substituer leur propre ordre à celui de la société. Ils vivent en vase clos, refusent le pacte social, et s’opposent à tous ceux qui sont dépositaires de l’ordre. Et chaque jour la situation s’aggrave.
Véritable problème de fond, la violence ne peut pas s’arrêter tant que l’on n’aura pas éradiqué certains maux dont souffre la société antillaise qui, depuis des décennies, est complètement déboussolée. La police et encore moins la justice ne pourront résoudre cette équation. Car ce n’est pas un problème policier, il est avant tout politique, économique et social. On ne peut pas, par exemple, résoudre le problème de la violence si l’on ne trouve pas de solution à celui de la refonte de notre modèle économique et social…car , on a de plus en plus des groupes entiers de la population qui ne vivent plus selon la norme commune , désormais obsolète , de progrès social  hérité de la départementalisation …Et comme le dit fort justement Jacques Attali « Sans vision du monde, on ne réforme rien… Le grand blocage dans lequel nous sommes est dû à cela : les partis dits de gauche et de droite n’ont absolument aucune idée de ce que doit être la société dans 20 ans. Faute de vision, c’est toujours la paralysie, parce que nul n’accepte de remettre en cause ses acquis de peur de ne rien gagner en échange.. Aujourd’hui tout le monde est pour l’environnement et pour la sécurité. Entre ces deux projets sectoriels, il y a un vide. Un grand vide… » Les partis et les intellectuels Antillais ne réfléchissent plus à l’avenir. Au lieu d’avoir une réflexion à long terme et une stratégie, ils ne sont plus capables que de tactique politicienne ou pire de paresse intellectuelle…
Un pays est bloqué quand il pense que c’était mieux hier. Alors chacun se crispe sur ses avantages acquis, sa rente, ses privilèges. Si les politiques disaient voilà ce que sera la Guadeloupe ou la Martinique de 2025, voilà ce que chacun y gagnera ou perdra , alors les ANTILLAIS  accepteraient de perdre un peu aujourd’hui de leurs avantages et les jeunes seraient contraints de renoncer à une agressivité ancestrale . Or nous sommes un pays aveugle face à l’avenir, qui n’a d’autre projet que celui de s’arrimer vaille que vaille à une France imaginaire des années 60…dont la prospérité n’est plus pour longtemps de ce monde !!! Le pessimisme et la violence qui en découle est à la mesure de la conscience que nous avons de nos privilèges actuels : on se crispe et on met les chariots en cercle pour jouer aux cow- boys et aux indiens…alors , dans ce cas , il va falloir accepter de  changer la norme et réfléchir comment refondre le système économique et social , et ce sans trop de casse pour les générations à venir .
Jean – Marie Nol