A la demande du Préfet de Guyane et par arrêté interministériel du 05 août 2014 autorisant par dérogation la mise à disposition du malathion en Guyane sur une période de 180 jours, les Ministères de la santé et de l’écologie ont autorisé l’utilisation du malathion pour détruire les moustiques tigres, vecteurs du virus chikungunya. Un recours qui fait polémique, l’insecticide organophosphoré étant interdit dans l’Union Européenne et interdit en France depuis 2008.

Ces dernières semaines, les autorités sanitaires et de l’Etat n’ont eu cesse de tenter de rassurer les populations sur cette décision de dérogation exceptionnelle, justifiant ce recours par une réflexion bénéfice-risque propice à la lutte anti-vectorielle et due à la résistance des moustiques vecteurs de la maladie à la deltaméthrine.

Une décision qui indigne les populations et la communauté scientifique locales. En effet, des études ont montré que ce biocide – est un insecticide dont le produit de décomposition, le malaoxon, a des effets toxiques sur l’homme (allergies cutanées) – à large spectre (destruction de tous les insectes invertébrés) – très nocif sur les oiseaux et les abeilles. Une utilisation sur 6 mois que devrait sans nul doute dégrader les écosystèmes et contribuer au déclin de la faune.

Le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), dans un avis daté du 09 mai 2014, émet des recommandations sur les conditions d’aspersion du malathion ; une aspersion par voie terrestre des foyers, sous formulation ultra bas volume, à pied ou en véhicule léger – afin de détruire de manière ciblée les gîtes larvaires. Le HCSP recommande l’utilisation d’équipements de protection de protection individuelle pour les personnels chargés de la dispersion.

S’agissant des populations, le HCSP demande que les pulvérisations tiennent compte de la vitesse des vents – proscrite lorsqu’elle est supérieure à 15 km/h – que les pulvérisations aient lieu tôt le matin et en début de soirée, lorsque l’air du sol est le plus froid et que les moustiques sont les plus actifs.

Les aspersions étant exclusivement en milieu extérieur, il est recommandé qu’elles ne soient pas effectuées près des captages d’eau de surface d’eau potable, des milieux aquatiques, et des ruches.

Des recommandations d’utilisations très strictes et contrôlées qui mettent en exergue la dangerosité du malathion et de ses produits de dégradation. Les responsabilités et les stratégies des décisionnaires devraient donner des résultats dans six mois sous réserve d’une communication appropriée aux populations et d’évaluation du comportement des substances dans l’environnement et sur les écosystèmes.

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