Par Elie Stephenson

« Quand nous savons pourquoi nous menons une action, alors on devient l’action.. »

La plupart des commentateurs sinon tous ont retenu de l’élection de Madame Cornélie Sellali Bois-Blanc au scrutin municipal du 23 Mars 2014, le fait que c’était la première fois qu’une Amérindienne accédait à la fonction de Maire d’une commune de Guyane.

Si l’évènement peut être effectivement qualifié d’historique, il n’en reste pas moins, qu’à notre avis, le plus important est ailleurs. En effet, ce qui rend l’élection de Cornélie à la Mairie d’Iracoubo exceptionnelle, c’est qu’elle fait exploser la vision d’une société guyanaise cloisonnée d’une part et met en pièces la théorie d’une Guyane en proie aux dangers sinon aux démons du communautarisme, d’autre part.

Cette vision et cette théorie, qui ne sont en réalité qu’une seule et même approche de la réalité guyanaise, sont véhiculées depuis un peu plus de deux décennies par un certain nombre de chercheurs Outre-Mer (ethnologues, sociologues, politologues etc…) qui veulent absolument voir la société guyanaise comme un vulgaire patchwork, sans cohérence interne et sans capacité de fonctionnement et d’harmonisation autonome.
Chaque groupe ethnique, chaque communauté, serait en quelque sorte absolument enfermé dans un égoïsme atavique et donc en état de guerre permanent les uns contre les autres.

Il découlerait de cette situation, à en suivre cette vision et cette théorie, qu’il n’existe pas de culture ni d’identité guyanaises. Ce qui serait logique dans une société rongée à leurs yeux par le communautarisme.

La victoire brillante et sans conteste de Cornélie, montre  très clairement  que son élection n’est pas le résultat d’un vote ethnique (ceci est tout simplement mathématique).

Et cela est confirmé par la teneur de son discours d’investiture, le dimanche 30 Mars, la composition de son Conseil Municipal et les manifestations culturelles qui se sont déroulées au sein de la Mairie d’Iracoubo, trop petite ce jour-là pour contenir l’immense foule composée d’Amérindiens, de Bushenenges,  d’Européens, de M’Hongs, d’Afro-Guyanais etc… qui ont rendu hommage à leur Maire Amérindienne dans un vibrant chant d’espoir, repris en cœur par tout un chacun.

Cornélie n’est pas un Maire légitime seulement parce que les urnes ont en décidé mais essentiellement, parce que la population d’Iracoubo se reconnaît en elle et qu’elle-même s’identifie à l’ensemble de ses compatriotes.

« Amérindienne, je le suis ! Amérindienne, je le resterai !
Mais avant tout une Guyanaise.
Une Femme guyanaise ! Femme de caractère !
Poteau mitant de notre commune. Première Femme amérindienne, élue Maire.
Mon investissement politique doit servir d’exemple à l’ensemble des communautés de Guyane. N’ayez pas peur ! Nous ne formons qu’un seul peuple. Un même destin : la Guyane avant tout ! »

 

Ainsi montre-t-elle comment les choses doivent être, pour nous garantir un avenir meilleur, dans une société guyanaise paisible, solidaire, consciente d’elle-même et de ses propres valeurs.

 

Elie Stephenson

1) Toutes les phrases en italique sont extraites du discours d’investiture de Mme Cornélie Sellali Bois-Blanc, le 30/04/14