Tribune –  Guyane – Patrick-Hubert CAPRON - Faire de la politique n’est jamais une entreprise anodine, tenté de se faire élire s’apparente par certains aspects à de l’anthropophagie tant la bataille est rude et les coups violents. Parmi ceux qui reste sur pied, il faut distinguer ceux qui sont très « bon »pour faire le job. Celui qui, précisément, conditionne un statut politique paisible dont la cohérence permet à la majorité des citoyens d’y adhérer parce qu’elle est conforme à leur imaginaire social. A côté, le citoyen lambda veut son homme fort, veut son bras vengeur de la société qu’il interprète à l’aune de sa propre compréhension ou sa propre expérience. C’est le choix de l’électorat, mais comment est-il fait ce choix? Il n’y a pas de réponse scientifique et de probabilités exactes. Généralement, l’approbation est énigmatique et imprévisible. Il y a pour se rendre compte d’apprécier que le vote est étymologiquement un vœu et comme tous les vœux, ils sont parfois secrets et l’élu qui reçoit l’approbation générale reçoit une grâce peu ordinaire. Ceci revient à dire que le citoyen détient seul la capacité de faire vivre une personnalité politique. Avant de donner une part de sa souveraineté à celui qu’il à choisi, sa raison et ses convictions se disputent. Tout y passe : sa culture, sa famille, ses préoccupations, les émotions du moment, ses intérêts, bref l’électeur ne vote jamais seul. Au final, Il est instruit par une vision composée d’émotions primaires. Ces types d’émotions rendent quasi indétectables le choix futur de l’électeur. Toutefois, l’image du candidat, l’homme du rendez-vous, l’attendu, celui qui lui parle au plus profond de lui-même, c’est-à-dire l’homme charismatique, réduit le temps de l’émotion, de la délibération, du calcul stratégique sans fin. Dès lors n’importe qui peut être charismatique! Mais a t-on (vraiment) besoin d’une personnalité charismatique à la sortie des élections régionales à venir ?

La futur CTG et son leader charismatique

La prochaine consultation populaire pour la mise en place définitive de la CTG s’avère être historiquement importante, importante notamment pour celles et ceux qui ambitionnent de vouloir établir par la fonction politique un nouvel ordre des instances et des institutions politiques ou de requalifier les options des réseaux Europe et régions périphériques sans gauchir la raison identitaire et sans faire chanter pouille dans les débats contradictoires.

Voilà, le président de la CTG sera le président d’un territoire vaste; en extrapolant sur la notion de région autonome à statut très particulier (régions de Chine ou d’Espagne) ou de confédération, le futur président aura une stature de chef d’un quasi-État. N’en déplaisent à celles et à ceux qui ne veulent plus rêver, il pourra toujours, et quel que soit la couleur du ciel, faire cesser dans ses projets la symbolique des spécificités guyanaises comme une simple activité langagière ou de pouvoir bénéficier d’une intervention politique et économique plus ouverte envers les Trois Amériques et les îles de la Caraïbes.

Les défis de l’avenir sont réels. La tâche future de la Guyane est d’être moins ballottée par la loi imprévisible de l’Histoire. Pour ce faire, on est en droit d’attendre une révolution des points de vue. La Guyane n’est pas une « âme collective » mais des communautés stratifiées en classes. Il faudra donc un leader pour créer une nation guyanaise selon l’idée d’Ernest Renan (1882), « Ce qui constitue une nation, ce n’est pas de parler la même langue, ou d’appartenir à un groupe ethnographique commun, c’est d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir… » une nation repose sur un passé commun et sur une volonté d’association, or 1848, ne constitue pas un passé commun, certaines communautés sur le sol de la Guyane y sont étrangers.

Attente de l’homme providentiel

Comment lier une personnalité aux attentes d’une population? Comment peut-elle en être le socle ? La personnalité charismatique a besoin d’atmosphère, c’est-à-dire qu’elle est la personne du moment, elle est celle qui répond précisément à l’attente d’une population. Ce n’est pas le charisme qui fait le moment mais c’est le moment qui fait émerger le charisme. C’est le théoricien du changement collectif. On peut se poser la question de savoir si tous les candidats se valent, sont à l’identique. On ne peut encore répondre.

Le charisme se fait par la parole, parler construit l’image de soi, dit la dimension, le style. Toutefois, il faut bien garder à l’esprit que celui qui s’adresse aux autres n’est pas sa propre réalité . Il est ce qu’il veut qu’on pense de lui. Il anime son électeur. Il incite son réel. Est-ce que tous les candidats ont la même éloquence? Bien sûr que non. Certains ont des envolées lyriques, d’autres donnent dans le langage courant. Certains aiment convaincre, d’autres aiment l’avertissement, d’autres les deux à la fois.

Tous les candidats ne se ressemblent pas; cela semble aller de soi, mais dans le même temps, il y a la nécessité qu’ils se distinguent du fait que le charisme ne fait pas la légitimité et inversement. La légitimité découle d’un consentement d’un groupe politique en interne et d’une autorité par l’élection. Hors du groupe, sur le terrain, il faut un vrai pouvoir de fascination, l’usage à outrance de la démagogie est à proscrire.

L’évocation même parcellaire de l’expérience politique de manière globale ou de l’expérience des dossiers en particulier est assez récurrente chez tous les candidats, or, elle n’est pas fondamentalement significative. En effet, il faut triturer, interpréter les moindres détails, car la véritable distinction se constitue sur la capacité d’appréhender intelligemment des situations inédites. Comme disait J.J. Rousseau « le véritable génie c’est celui qui procède sans exemple ». Or ce type de candidat existe t-il déjà? On pense que oui.

L’individu charismatique exerce une fascination irrésistible sur un groupe humain. Selon Max Weber (Économie et Société) « l’autorité fondée sur la grâce personnelle et extraordinaire d’un individu [...] elle se caractérise par le dévouement tout personnel des sujets à la cause d’un homme et par leur confiance en sa seule personne en tant qu’elle se singularise par des qualités prodigieuses, par l’héroïsme ou d’autres particularités exemplaires qui font le chef ». Ainsi le chef charismatique détient une origine supra naturelle, une sorte de grâce divine, un sauveur. Il y a quelque chose de sacré qui imprègne le charisme, un lien entre l’au-delà et la population, un être hors du commun (théorie du surhomme) à qui la foule s’identifie, un idéal quasi-absolu. Il est le support d’identification par excellence.

Pour qu’apparaisse un homme charismatique en Guyane, C’est-à-dire un homme providentiel (qui vient de la Providence) il aurait fallu que la Guyane soit constituée d’une communauté sans identité, sans droit et que l’ensemble du territoire souffre de déchéance sociale, et aucun projet socio-politico-économique ne soit possible.

Toutefois, la nouvelle CTG semble être une situation de transition entre un ancien monde et un nouveau monde. Si on veut construire une Guyane qui met fin à la relationnelle verticalité politique et parfois boiteuse avec la France, rétablir la relation avec la population, une intercommunication sans populisme, en prenant soin que leurs convictions soient sous le voile d’ignorance (John Charles Harsanyi, 1955) et pas du voile d’opulence. Là, il faut un charisme qui n’a pas à recevoir de tape dans le dos.

Pour le moment tout semble aller à une certaine routine, la stratégie la plus notable pour acquérir le pouvoir et des sièges dans la prochaine assemblée va se passer de charisme politique. D’abord parce que nous sommes dans un dispositif politique hyper-centralisé à voie unique largement teintée de libéralisme économique, ensuite, parce que notre population a déjà accepté consciemment les règles communes du « fédéralisme » européen, convaincue déjà d’appartenir à un destin plus vaste que l’actuelle région. L’idéal européen en s’immisçant inconsciemment dans les prochaines élections donne alors une dimension particulière à la préhension des usages des politiques locales. On peut être persuadé ou pas de l’ordre du relativisme qu’essaime l’idée d’Europe faisant que le local se porte mal entre le technocratisme et l’inflation législative. Sortir cette région de cet état d’attente mérite une personnalité à poigne. Reste donc, le schéma classique persuasion et séduction, se montrer meilleur concurrent que l’autre sans insulte sont suffisants. On peut être élu aujourd’hui sans charisme mais à condition d’avoir une grande puissance organisationnelle et avec soi une grande exaspération populaire: le nouveau président du Guatemala, Jimmy Morales, humoriste, comédien et animateur de télévision est un exemple.

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