Tribune – Sarah Albukerque-Léonço, Secrétaire Générale du Mouvement Walwari  - Les débats parlementaires relatifs à l’Octroi de Mer, comme nous l’avions hélas annoncé, viennent de se conclure dans la plus navrante des confusions, au détriment de la Guyane.

Combien de temps encore devrons-nous payer au prix fort cette incapacité structurelle de l’exécutif régional d’apporter un simple début de réponse afin que le quotidien des familles de Guyane ne continue de se dégrader au même rythme que nos échanges économiques avec l’extérieur ? Notre tissu économique subit durement la pression d’une concurrence accrue et de rapports de force économiques en notre défaveur, en l’absence totale de stratégie de renforcement de la compétitivité de nos entreprises.

La Région Guyane, dont la principale responsabilité est le développement économique, est en situation d’échec cuisant. Pire, nos parlementaires en déroute dans un débat marqué par leur impréparation et leur inertie politique, organisent un mensonge institutionnel en vantant de prétendues « avancées » pour masquer une véritable débâcle, avec la complicité de certains médias irresponsables et complaisants.

I- Une absence de stratégie de développement.

L’octroi de Mer pourra-t-il, enfin, être considéré comme un outil constitutif d’une stratégie globale de développement ? Pour cela, il faudrait que cet outil permette à la fois de prendre en compte l’environnement général du territoire et d’impulser des dynamiques productives, sources de croissance, points essentiel sur lesquels cet exécutif régional étale toute son incurie:

-Les interdépendances régionales, contraintes quasiment aux seules Antilles françaises et ce plus lourdement depuis 2010 à cause des choix portés par cet exécutif régional, au-delà des échanges ultra déficitaires avec l’Union Européenne, amplifient la fragilité de notre tissu économique, confirmant en cela l’échec cinglant des saupoudrages clientélistes en lieu et place de l’innovation et des transferts de compétence et de technologie. Il en est de même de la formation professionnelle et continue, alors que l’on laisse dans le dénuement les acteurs de terrain, que l’on privera désormais d’aides budgétaires cohérentes en faveur de l’activité et de l’emploi. Là encore, la responsabilité régionale est totalement engagée, incapable de mesurer et gérer ces rapports géostratégiques d’intérêts partagés et contradictoires à la fois, par sa non maîtrise des dossiers techniques tout au long des négociations préparatoires. – particulièrement visible lors des négociations concernant les relations entre la Guyane et le Marché Unique Antillais – et par son inconsistance face à la logique des lobbies et des groupes de pression. A cela s’ajoute un manque avéré d’influence à Paris et à Bruxelles, à tout le moins bien inférieure à celle exercée par les Antilles ou la Réunion.

-L’Octroi de Mer en tant qu’outil adossé à une véritable politique fiscale, ne pouvait assurément émaner d’une mouvance ayant depuis longtemps bradé les intérêts de la Guyane. Là encore, c’est le clientélisme territorial qui borne la question du reversement aux communes des 27 millions d’euros de l’Octroi de mer reçus par le Conseil général : une bataille perdue d’avance. Sous couvert de pseudos amendements probablement déjà joués dans les couloirs des deux chambres, nos parlementaires v.r.p. multicartes de l’exécutif régional ont soigneusement évité –ou ont été incapables – d’user des véhicules législatifs adéquats, dupant en cela les communes et nos concitoyens, retirant d’ailleurs dans la précipitation et sans aucune garantie leurs amendements hors-sujet.

La fiscalisation des activités générées par les lanceurs spatiaux, qui avait toute sa place dans les débats autour de l’octroi de Mer, est également restée au travers de la gorge de nos députés. Par cette démission, et en dépit des considérations préalables favorables des commissions des finances ad hoc, ils se sont fait l’écho de l’absence totale de courage politique de l’exécutif régional, désormais de notoriété publique.

Enfin, une gouvernance clairvoyante et inscrite sur le long terme en matière de politique fiscale se devait, avec les outils juridiques et financiers appropriés, d’envisager toutes les évolutions de registre, telles qu’un assujettissement des « services » susceptibles de générer des seuils soumis à une taxe à la valeur ajoutée adaptée, abaissant de la sorte la pression fiscale et restaurant une plus grande équité dans le monde de l’entreprise. Là, on se heurte encore à l’absence de stratégie régionale, tandis que l’impréparation des parlementaires de Guyane sur ces questions ne pouvait conduire qu’à un échec lamentable.

II- Le mensonge institutionnel

Imposture et mensonges organisés constituent le cache-misère de ceux qui ont failli. Ici se combinent mystification et manipulation, où certains médias relaient le mensonge institutionnel, nous ramenant à des temps obscurs de manipulation de masse de l’opinion.

Les titres et articles autant martiaux que mensongers d’une certaine presse n’ont pas eu peur d’évoquer hardiment  » Octroi de Mer : l’avis favorable de l’Assemblée Nationale », les « menaces »(sic) du député Serville ou encore « des représentants de la Guyane particulièrement actifs ».

Ceux-ci pourtant, comme en attestent les débats publics, ont été muets face à la position politiquement, techniquement et économiquement assumée par la région Guadeloupe quant au maintien des seuils d’assujettissement à 300 000€. Ils se sont dérobés devant les intimidations à peine voilées de guerre ouverte sur le marché Antillo-Guyanais. Ils se sont également réapproprié abusivement et postérieurement au Gouvernement, l’élargissement de la nomenclature à une unique liste de 3 produits relative à une unique entreprise de Guyane… En somme, une tempête dans un verre d’eau. Ils ont enfin voté en bons soldats, sans sourciller, un texte dépouillé piteusement de leurs amendements, laissant la Guyane dans une position défavorable qui va structurellement se dégrader davantage.

La duperie politique à cette échelle et cette aptitude quasi suicidaire à se mentir à soi-même et à nos concitoyens, relayées par une presse complaisante, ont, dans l’histoire, toujours précédé des crises sociales et politiques majeures. Il nous appartient en toute responsabilité de contribuer à y mettre un terme.

Cayenne le 28 juin 2015