«Quand j’étais blanche j’avais déjà une mère très blanche et un père très noir. Quand j’étais blanche je m’appelais déjà Fatima N’Doye, mais ça n’avait aucun rapport avec moi»

Une identité personnelle à construire

La notion de « métissage » chez nous est inhérente à notre Histoire, à ce que nous sommes… Ailleurs, notamment en Europe, « naître métis » renvoie inévitablement à un questionnement identitaire : Fatima N’doye a grandi à Genève à une époque «  où Barack Obama était loin d’être président … ». Un père absent, elle a évolué dans un univers exclusivement blanc . L’identité est aussi une construction sociale, le sentiment d’appartenance à un groupe; sans repères, enfant, puis adolescente, comment assumer et dépasser la perception qu’on vous renvoie de votre identité , le regard de l’autre qui vous signifie en permanence votre différence…

« Quand j’étais blanche » est  une évocation de son  enfance passée en Suisse,  la rencontre un jour d’un père, d’un pays, le Sénégal, dont elle est originaire mais qui n’existe que dans son imaginaire…  Ce solo chorégraphique  est une quête de sa propre identité, une tentative de traduire à travers la danse, le doute, l’émotion qui submerge, une réalité  qui dépasse et transcende la seule apparence physique. Le corps a une mémoire, il  s’ouvre, se ferme, se façonne avec le vécu. Souvent, inconsciemment « il participe à un récit, une main qui s’articule, des genoux qui s’alourdissent, un dos qui se déploie révèlent une parole comme étouffée ». Ici il parle, la main caresse la peau, un pied chancéle, une course éperdue autour de la scène nous révèlent l’angoisse de quitter l’enveloppe qui est la sienne, d’aller vers l’inconnu, et plus loin, vers sa singularité, une rencontre avec elle-même, une recherche de verticalité, d’équilibre…

Ce spectacle  est aussi l’apprentissage d’un chemin de solitude, et au bout de ce chemin la rencontre avec son humanité propre offerte au monde…

« Entre Danse et Parole, avec mes mots ou ceux que j’emprunte, ma recherche est faite d’entrecroisements. Je suis métisse et créer une pièce ayant pour sujet le métissage m’a semblé le meilleur moyen de m’en éloigner.

 Ni plus forte, ni plus faible, se convaincre que son métissage est bien plus qu’un mélange de couleurs .

Entre corps et mots, ce solo chorégraphique est «  un témoignage onirique qui brouille les pistes du réel pour dépasser ma propre histoire ; un témoignage de la complexité de ces héritages, les routes à inventer à partir d’eux… J’ai récolté des instants fondamentaux ou anodins mais qui tous soulèvent une incontournable recherche d’identité entre deux cultures. Les miens se situent entre Genève et Dakar ».

Une formation de comédienne  à l’école Florent, de danseuse, (professeur de danse contemporaine, Centre National de Danse), elle signe sa première mise en scène en 1998. Dans la continuité d’un parcours déjà riche en danse et théâtre, Fatima N’doye crée la compagnie « Le temps des Choses » en 2009.  Après des allers retours entre le théâtre et la danse, elle décide aujourd’hui d’orienter son travail vers une « collaboration de ces deux disciplines ».   

Ce spectacle a été présenté en Mai et Juin 2013 au Sénégal (festival Kaay Feec ; Institut français de Dakar). Au festival Duo solo Danse ( Saint-Louis Dakar). A Marseille ( semaine focus sur les femmes sénégalaises)juillet 2013. Au festival NIO-Fa théâtre Paris-Villette. Elle jouera 15 dates en avril au ciné-théâtre de la butte Montmartre à Paris. Fatima aimerait pouvoir se produire aux Antilles.

Chantal Kebail

Photos : Elise Fitte Duval, Dominique Mesmin