Confidentiels – Politique | « Je mesure combien la France d’outre-mer participe à notre rayonnement au-delà des mers. Nous y sommes attachés par l’histoire, par le cœur et par affection. » La phrase est signée Alain Juppé, Maire de Bordeaux, et ministre des affaires étrangères, à l’occasion d’une interview sur l’année des outremers en 2011. Aujourd’hui en hausse dans l’opinion, Alain Juppé pourrait être prochain président « front républicain » de la République française…s’il parvient à contourner les pièges qui ne manqueront pas de lui être tendus par ses propres amis à l’UMP. Mais quelles relations le protégé de Jacques Chirac entretient-il avec nos territoires ? Nous avons cherché sur le net réponse à cette question, alors qu’Alain Juppé sera en visite dans quelque jours dans nos eaux.

Adjoint à la mairie de Paris de 1983 à 1995, ministre à plusieurs reprises de 1986 à 2012, premier ministre de Jacques Chirac de 1995 à 1997, Alain Juppé est maire de Bordeaux depuis 2006 (après une première période de 1995 à 2004). Il occupe également de 2002 à 2004 la présidence de l’UMP. Ces fonctions ont-elles fait de lui un amoureux, ou pour le moins un connaisseur des problématiques de nos territoires ?

En tant que premier ministre, Alain Juppé assume ses obligations. Il se rend en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane en avril 1996. Fidèle aux annonces de Jacques Chirac, il y prône l’égalité entre les DOM et la métropole en matière de prestations familiales et de SMIC, et annonce des mesures de réduction du coût du crédit dans les DOM. Une visite marquée par ses contacts avec les entrepreneurs locaux, les invitant à faire preuve « d’esprit de conquête ». Mais davantage que ce passage en avril, la Guyane retiendra davantage la fermeté – la fermeture diront certains – du premier ministre dans la gestion des suites des interpellations des jeunes et des militants syndicalistes suite aux débordements du mouvement social et lycéen de novembre 1996.

Dans certaines grandes villes de France, les Maires portent un regard particulier sur l’importante communauté ultramarine. Bordeaux, l’un des ports qui a le plus vécu et profité du commerce des esclaves et des richesses venues de nos terres éloignées, n’échappe pas à la règle. La politique municipale y vante la diversité, et n’évacue pas le sujet. Alain Juppé s’exprimait à ce propos lors de l’inauguration des nouvelles salles permanentes du musée d’Aquitaine dénommées « Bordeaux, le commerce Atlantique et l’esclavage » . C’était en 2009.

Au-delà de ces rares témoignages, l’internet – généralement très prolixe – n’a guère conservé de traces du lien entre Alain Juppé et les outremers. Confirmation sur son propre blog créé et régulièrement entretenu depuis 2004 : 10 ans sans un mot sur nos territoires ou leurs habitants… dans l’outil de recherche du Blog, nous avons entré les mots clefs « outre-mer »,   »ultramarins », « Martinique », « Guadeloupe », « Guyane ». Aucun de ces mots ne figure dans le vocabulaire de cet homme politique de premier plan. Pas même une phrase sur les importants mouvements sociaux qui ont secoué les quatre départements  d’outre-mer entre fin 2008 et début 2009, et vu la mort du syndicaliste Jacques Bino en Guadeloupe. On est donc loin de l’intérêt affiché par son mentor, Jacques Chirac qui ne ratait aucune occasion pour manifester son « amour » pour les « outremers », leur culture et leur histoire.

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Entre une gauche affaiblie, un front national conquérant et un retour difficile pour Nicolas Sarkozy, Alain Juppé pourrait s’imposer comme favori dans la course à la présidentielle qui s’amorce déjà. Mais d’ici à 2017, la route est encore longue. Et comme pour les dernières élections du président de l’UMP, les outremers pourraient jouer les arbitres en faveur d’un candidat qui ne les aurait pas, une fois de plus, traités avec le jacobinisme et le centralisme persistants qui caractérisent les grands « serviteurs » de l’Etat. 

@francksrr  @polpubliques | version originale novembre 2014 mise à jour avril 2016