Tribune – Robert Charlery-Adèle | La caractéristique majeure de l’enseignement supérieur en Université, classé dans la catégorie « Formation initiale », est constituée par un cursus en 5 ans sanctionné par le diplôme Master 2 (système LMD). La conception unificatrice à l’origine de cette réforme était marquée par le fait que ce cursus excluait tout mode de sélection autre que l’examen de fin d’année d’études, ainsi que les stages inclus dans le processus. Cependant, dans la pratique s’était dégagée une sélection « rampante », dont l’illégalité a été relevée par le Conseil d’Etat.

Pour remettre de l’ordre dans une situation confuse, un décret du 27 mai 2016 a régularisé la  pratique, en autorisant à compter de 2016 l’organisation d‘une sélection pour l’accès en M 2 dans 42% des universités.

C’est dire l’importance de l’expérience de l’étudiant, qu’il s’agisse de stages, de projets pédagogiques, de bénévolat valorisant motivation et ouverture d’esprit. Sous cet aspect, les stages volontaires en entreprises, c’est-à-dire en dehors des stages obligatoires inclus dans le processus des diplômes, constituent un champ inégalé d’expression de la personnalité, de l’implication, de la motivation des étudiants.

Parallèlement, la Ministre de l’enseignement et de la Recherche a précisé que le décret visant « à mettre fin aux abus d’employeurs qui recruteraient en stage des jeunes diplômés sortis de l’université, ainsi qu’aux pratiques de certains organismes établissant des contrats de travail sous l’appellation de stages… ne doit en aucun cas avoir pour conséquence de restreindre l’accès des étudiants aux stages volontaires que ceux-ci sollicitent auprès des entreprises, afin d’acquérir une expérience professionnelle, alors qu’ils sont inscrits dans un cursus universitaire ».

La bonne administration universitaire conduirait donc à tout faire pour que les étudiants se saisissent de cette opportunité, et puissent en tirer le maximum de profits au moment critique de la présentation de leur dossier à la sélection M2.

Le doute est permis sur la prise en compte effective par l’UA, de cette opportunité offerte aux étudiants : l’université est incapable de leur remettre une convention de stage indispensable, en dehors de laquelle un « stage » ne pourrait être reconnu au plan réglementaire. Alors que le mois de juin, période la plus opportune, touche à sa fin, les projets bâtis, les accords fermes d’entreprise, finalement l’espérance d’obtenir un plus, s’évanouissent irrémédiablement. Même certains stages commencés avec des employeurs confiants dans une promesse de régularisation, sont interrompus faute de régularisation.

Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Nos étudiants, mis dès lors en retrait par rapport à leurs collèges de très nombreuses autres universités diligentes, ne méritent pas de subir cette « capitis deminutio »  que rien ne peut justifier.