Tribune – Elie Stephenson | Personne aujourd’hui ne peut mettre en doute le fait que la société guyanaise est globalement au bord du gouffre, de l’effondrement.

La lettre ouverte du Collectif « SAUVONS LA GUYANE »  au Président de la République fait un résumé édifiant de la situation et pose du même coup l’ensemble des problématiques.

Le blocage de l’accès au CSG depuis mardi, le comportement agressif des forces de l’ordre vis-à-vis des manifestants pacifiques et des élus de la ville de Kourou venus parlementer ont tout de suite donné le ton de ce bras de fer qui vient de commencer.

L’échec des négociations qui se sont déroulées dans l’après-midi même entre les autorités compétentes et les parties représentant les revendications et intérêts de la société civile (collectifs, syndicats etc.…) a confirmé la volonté des premiers de donner la priorité aux intérêts du CNES/CSG et la détermination des seconds d’obtenir coûte que coûte gain de cause.

Le communiqué du Maire de Saint-Laurent le lendemain a mis en évidence la gravité de la situation tout en engageant les Élus à prendre plus de risques dans le cadre de leurs mandats.

De fait, ce jeudi 23 Mars 2017, la mobilisation collective est montée d’un cran (amplification des barrages partout, fermeture des écoles primaires, certains collèges et lycées, manifestation des Guyanais à Paris, au Ministère des DOM-TOM … etc.) et laisse prévoir une paralysie à brève échéance de la vie économique et sociale sur l’ensemble du territoire, à moins que le Gouvernement ne réponde à la demande des manifestants qui réclament la venue sur place des Ministres concernés.

Ce mouvement n’a pas de précédent dans les trente dernières années dans la mesure où :
- il se présente comme « UNE UNION SACRÉE » de la plupart des acteurs du monde du travail et des secteurs d’activités (Transport, Santé, Éducation, Bâtiment, Énergie, Agriculture etc.) ;

-       Il arrive à fédérer jusqu’à maintenant l’ensemble de la population autour des problèmes posées ;

-       Il a établi une stratégie globale : celle de « ROUN LANMEN LAVE RÔT », c’est-à-dire que personne n’abandonne le front tant que toutes les réponses satisfaisantes ne sont pas apportées à toutes les revendications. En termes clairs, même si le problème du CMCK est réglé ou semble l’être, le Collectif « LES TOUKANS » reste dans la mobilisation et continue à porter son soutien.

Alexandre DUMAS se serait écrié « UN POUR TOUS ET TOUS POUR UN ! »

Il apparaît clairement que LA SOLIDARITÉ, LA DÉTERMINATION, LA MOTIVATION sont au rendez-vous de cette lutte et ne sont pas des slogans creux.

Toutefois, il est surprenant, étonnant, on pourrait même dire paradoxal que ni les Élus, les Partis, ni les Syndicats qui qualifient régulièrement la crise guyanaise de structurelle, ne posent le problème de fond, celui du STATUT POLITIQUE DE LA GUYANE. Même si on reconnaît implicitement ou même explicitement que la Collectivité Unique (la CTG) est déjà une calamité en soi, un échec avéré ou encore que les Institutions départementales lui constituent une camisole de force qui rend à jamais la Guyane prisonnière des caprices ou du bon vouloir de l’État français et que donc à plus ou moins brève échéance, la crise qui sévit actuellement se répétera étant donné que les mêmes causes produisent irrémédiablement les mêmes effets ; il ne vient curieusement à personne de reposer la question du statut, c’est-à-dire celle de l’AUTONOMIE DE LA GUYANE (à minima).

Nous n’irions pas jusqu’à dire que ce mot et d’autres du même genre sont considérés comme des grossièretés ou des rêves de fous par les Élus en premier lieu et une grande majorité des Guyanais en second lieu, mais c’est tout comme.

Et pourtant…. Et pourtant cette énième levée de barrages pour répondre aux mêmes questions, résoudre les mêmes problèmes depuis trois décennies au moins, sinon plus ressemble fort au jeu du chien qui se mord la queue.

Il ne reste pas moins : – qu’à force de ne pas vouloir voir, ni entendre
- qu’à force de ne pas vouloir comprendre les signes et s’appliquer à esquiver les responsabilités et donc fuir la VÉRITÉ, l’on se condamne soit même à être une éternelle victime, pire encore, on condamne des générations et des générations à LA SOUMISSION, LA SERVILITÉ, au DÉSESPOIR !

IL N’EST PIRE AVEUGLE QUE CELUI QUI NE VEUT PAS VOIR !

Cayenne le 23 Mars 2017