La femme de lettres martiniquaise s’insurge aujourd’hui, dans une tribune publiée sur les réseaux sociaux, contre les adversaires du mouvement social guyanais. Pour Nicole Cage, les leçons n’ont pas leur place face à la démarche des guyanais, et « chaque petite tentative ou lueur d’éveil, de sursaut… » est bonne à prendre.

« Qui et quel es-tu pour juger le mouvement des frères guyanais comme purement alimentaire et assimilationniste? C’était quand la dernière fois ou tu t’es levé(e), as-tu marché, signé une pétition, tapé dans des casseroles, reçu des coups de CRS pour dire non à l’empoisonnement de ton peuple, au génocide par substitution, aux magouilles du et des pouvoirs?

Et même, tout simplement, depuis quand as-tu donné un pal bénévole à une association humanitaire, ou à un ou une inconnue qui avait besoin ne serait-ce que d’un regard d’empathie?

Facile, trop facile, depuis ta posture d’intellectuel (le), depuis ton confort bourgeois de prendre les choses et les êtres de haut et de dire que ce qui se passe en Guyane n’a rien de révolutionnaire et ne t’émeut pas plus que cela!

Je suis fatiguée des donneurs de leçons de cette île aux mille leurres! De cette intelligentsia aussi arrogante que paresseuse!
Oui, il est possible que l’heure de nous-mêmes ne vienne jamais à sonner! Il est possible, comme me l’a dit un camarade ici en Guadeloupe où je me trouve que, même si la Révolution est souhaitable, elle soit rendue impossible sur ces terres magmatiques où le colonialisme français peut être fier du travail accompli dans le tréfonds de nos êtres!
Mais même, même s’il devait en être ainsi, est-il vraiment possible qu’au motif que les conditions ne sont et ne seront peut-être jamais réunies, nous puissions continuer de nous la couler douce sans faire notre petite part de petit, tout petit colibri?
Est-il possible de continuer à pondre des analyses, des études, des publications scientifiques sur et à propos d’un peuple aussi malade que le nôtre… sans mettre la main dans le cambouis, sans pleurer quand l’injustice est trop forte, sans conjuguer le rire et l’allégresse pour la plus petite victoire… sans saluer chaque petite tentative ou lueur d’éveil, de sursaut…
Est-il possible que le colonialisme nous ait à ce point déshumanisé (es)?

J’ai mal… et les larmes m’aveuglent pendant que j’écris ces lignes…