Tribune – Jean-Marie Nol | Charge de travail plus importante, pression accrue pour améliorer la productivité et précarité exacerbée du marché du travail sont autant de facteurs qui contribuent à augmenter le stress du personnel des banques. L’exemple du crédit agricole est édifiant avec la technique de management dite du boulon pour serrer au maximum les coûts notamment salariaux de l’entreprise et augmenter la productivité des salariés qui doivent remplir des objectifs de performance précis, mais n’ont souvent que peu d’autonomie pour y parvenir. Sans surprise, ces conditions de travail sont source de tension et parfois même de souffrance psychologique (Burn Out ).  De nos jours, l’environnement économique est marqué par un contexte de mondialisation appuyée par une liberté de commerce et d’industrie. Cette mondialisation a permis de lever les frontières et d’agrandir le marché économique ce qui a conduit à une rude concurrence entre opérateur économique notamment dans le milieu bancaire.
La rigoureuse concurrence instaurée par la mondialisation conduit les entreprises à procéder à des restructurations pour leurs survies. « Les salaires sont trop élevés, nous ne pouvons plus payer ce que nous avons payé ces dernières années. Bien sûr, il y a toujours des spécialistes qu’il faut bien payer, mais hormis ceux-là, il faut réduire les coûts, Voilà pourquoi j’ai aussi parlé du congé. Dans le secteur bancaire, on a cette année-ci 36 jours de congé, auxquels s’ajoutent 13 jours fériés, ce qui signifie qu’on est absent de l’entreprise durant 49 jours, ce qui équivaut à plus de deux mois . Qui peut encore payer cela ? », s’interroge un directeur de banque de la place en Guadeloupe .Ainsi pour ce directeur de banque , Il faut réformer à tout prix le système en commençant par la turbulente Guadeloupe notamment à travers  les 40% de vie chère et de préciser que la compétition et les crises économiques obligent les entreprises à maîtriser parfaitement leurs coûts. Derrière ce propos se cache en vérité le verbe « diminuer “ …les acquis sociaux . Faire mieux avec moins, produit au juste nécessaire …EN ACCELERANT LA MISE EN ROUTE DE LA BANQUE EN LIGNE AVEC SEULEMENT LES CLIENTS LES PLUS SOLVABLES (surtout pour ne pas dire plus rentables )  ET LES PERSONNELS LES PLUS PERFORMANTS , tel est l’objectif de la direction du crédit agricole .
En terme de management dans les entreprises, cela s’appelle la technique du boulon, on le fait doucement pour ne pas casser le filetage, mais tour après tour. Et quand c’est fini, les acquis sociaux sont remis en cause. Le chaos : la mondialisation et la crise économique, le choc : les licenciements et le chômage, le boulon : les salaires et le temps de travail. Et là il convient d’être prudent. Des économies apparentes peuvent se transformer en pertes sèches à plus ou moins long terme , et ce sera vraisemblablement le cas au crédit agricole . Mais le pic de stress est atteint au crédit agricole de Guadeloupe du fait également d’un conflit qui perdure et dont on ne voit pas l’issue à ce jour après 25 jours de grève .
C’est un fait aujourd’hui établi par la réalité du terrain : le conflit au crédit agricole non seulement se durcit mais se retrouve dans l’impasse avec le nouvel échec, hier soir , des négociations . l’appel à la grève générale lancée aujourd’hui par l’ensemble des organisations syndicales de Guadeloupe n’y changera rien .Les positions des acteurs du conflit actuel au sujet des 40% sont caricaturalement opposées.
Peut-on aller plus loin dans l’analyse de l’échec des négociations et de la grève générale  ? Le but qu’elle a visiblement affiché n’a pas été atteint : il n’y a pas eu de grève générale , tout au plus un maigre défilé selon la radio RCI d’environ 150 personnes à Jarry . Peu à peu l’espoir d’une sortie de conflit  semble  s’évanouir . Les organisations syndicales ont compris que le moment en plein mois des vacances de juillet était mal choisi . Les syndicats n’ont pas encore gagné la bataille de la mobilisation, mais la direction du crédit agricole a déjà perdu la bataille de la communication .Les organisations syndicales du crédit agricole ont gagné en légitimité sur ce conflit des 40% , mais en interne, des inquiétudes s’expriment sur les suites du mouvement. Les syndicats voient dans le ­conflit contre la suppression des 40% ,( qui est apparu dès lors comme chiffons rouges pour tous les syndicats ), l’occasion de s’affirmer en « avant-garde éclairée », qui se bat contre l’injustice au service des salariés , mais la lassitude commence à poindre chez une majorité du personnel du crédit agricole . La mythologie de la lutte des 40% qui fédère plus largement à l’élargissement du mouvement au secteur public quand la recherche d’un compromis divise le privé . Pourtant aucune voix ne s’élève aujourd’hui en interne pour contester le choix d’une opposition frontale à la direction du crédit agricole.Mais sous couvert d’anonymat, des inquiétudes s’expriment sur les suites du mouvement. « On a déjà fait 24 jours de grève pour aucun résultat . Qu’est-ce que ça va donner si ça se durcit encore avec la direction qui joue le pourrissement ? », s’inquiète un salarié du crédit agricole .« En 2009, contre la vie chère , on avait déjà le soutien de l’opinion et on a échoué à faire baisser le coût de la vie . Si on échoue encore tous ensemble, comment en sortir par le haut ? », s’interroge un autre qui dit avoir assisté en 2009 alors à une « grève par procuration ». « Ce n’est pas le cas aujourd’hui », et beaucoup d’entre nous ont peur de constater dans le futur  le développement de « jacqueries sociales en Guadeloupe » . Chacune des deux parties fait presque de sa position une question identitaire. La direction du crédit agricole entend faire preuve d’une véritable et courageuse capacité de réformer le système des 40% envers et contre tous . Pour les syndicats , il s’agit d’inverser une perte de reconnaissance d’un symbole  dans l’opinion publique et le monde salarié . Pour la direction cette mesure de suppression des 40% aux nouveaux entrants  est liée à la fois à des difficultés à s’adapter aux évolutions économiques et sociales et à des péripéties internes malheureuses. Dans cette épreuve de force d’une autre époque, chacune des deux parties a tout fait pour que le moindre changement de sa position apparaisse comme un recul. Pourtant, il faudra bien sortir de cette impasse, par le haut si possible, autrement dit sans que l’autorité légitime de la direction de la banque  ou que l’image de cet important organisme qu’est le crédit agricole ne soit définitivement abîmée. Et tout doit être fait pour une issue rapide.
En ce qui nous concerne , nous estimons que quand les intérêts des deux parties semblent inconciliables, une intervention objective du politique permettant un choix indépendant de la volonté des uns et des autres, accroit sensiblement la probabilité de l’adhésion à un accord. En effet, celle-ci permet de régler le double écueil suivant : si une partie cherche à passer en force, elle accroit la résistance qu’elle cherche à vaincre ; si, à l’inverse, elle cède aux autres, elle se sent lésée et va dès lors nourrir un ressentiment qui la poussera à recourir à des moyens de rétorsion tels une gestion future hasardeuse de l’entreprise , voire un sabordage financier , totalement contraire aux intérêts des salariés.Il est urgent de sortir de l’impasse actuelle pour revenir au débat de fond , qui est à notre sens les conséquences futures sur l’emploi de la révolution numérique notamment au sein du secteur bancaire mais pas que ….
Jean-Marie NOL
Economiste financier