Tribune – Teddy Bernadotte - Depuis 2011, les Antilles connaissent une invasion des sargasses d’une grande ampleur. Plusieurs élus ont fait part des difficultés qu’ils rencontrent, certains parlementaires ont relayé ces inquiétudes en interpellant le gouvernement sans succès.

En 2010, le Premier ministre, François Fillon, s’est rendu sur la plage de Saint-Michel-en-Grève. Il a annoncé la création d’une mission interministérielle sur la gestion du risque des algues vertes. Elle devait faire des propositions dans les 3 mois pour renforcer le dispositif de lutte contre la prolifération des algues vertes.  »Nous allons expérimenter le ramassage des algues à la fin de l’hiver, en mer, afin, nous l’espérons, d’éviter des proliférations comme celle que nous avons connues cet été » a déclaré le Premier ministre devant des élus locaux et des responsables associatifs.

Un nettoyage que le gouvernement va « prendre à sa charge », selon François Fillon, qui a confirmé la volonté du gouvernement de réduire de moitié l’utilisation d’intrants agricoles en France, conformément aux engagements pris dans le cadre du Grenelle de l’environnement.

En février 2010, la secrétaire d’Etat à l’écologie Chantal Jouanno et le ministre de l’agriculture Bruno Le Maire ont présenté le plan d’action du gouvernement pour lutter contre la prolifération des algues vertes en Bretagne. Ce plan  a été  préparé à partir des conclusions de la mission interministérielle sur la prolifération des algues vertes.

Au final, le plan arrêté par le gouvernement mobilisera au total 134 millions d’euros, dont 94 millions à la charge de l’Etat et de ses établissements publics, le reste devant être assuré par les collectivités territoriales.

Financer le ramassage et le traitement des algues

L’État a donc prévu de prendre à sa charge, dans la limite d’un montant de 700.000 euros, le coût du ramassage sur terre des algues soit environ 70.000 tonnes. La création de plateformes de compostage sera également soutenue financièrement par le gouvernement.

Depuis l’Etat a été condamné à indemniser le ramassage communal des algues vertes.

Il est vrai que certains engagements n’ont pas été respectés. Dans quatre arrêts, la Cour administrative d’appel de Nantes a donné gain de cause à quatre communes bretonnes en condamnant l’Etat à indemniser le préjudice subi par la prolifération des algues vertes, constitué en l’espèce par le coût du ramassage et du transport de ces algues pour l’année 2010.

Les quatre communes ont obtenu des indemnités comprises entre 9000 et 72 000 euros.

La même Cour avait condamné l’Etat à indemniser, cette fois-ci, des associations en réparation du préjudice moral résultant pour elles « d’une atteinte importante aux intérêts collectifs environnementaux qu’elles se sont données pour mission de défendre » et imputé à la carence de l’Etat dans la mise en œuvre des réglementations européenne et nationale en matière de pollution des eaux par les nitrates.

Les montants octroyés étaient compris entre 3 000 et 15 000 euros.

Dans chacun des arrêts précités de mars 2013, la Cour reprend un raisonnement identique à son arrêt de 2009 pour admettre la responsabilité de l’Etat dans la prolifération des algues. Aussi, la Cour considère « que le surcoût du transport et de ramassage des algues constitue un préjudice financier pour les communes, lequel présente un lien direct et certain avec les carences fautives de l’Etat ».

Depuis 2011, les Antilles connaissent une invasion des sargasses d’une grande ampleur. Plusieurs élus ont fait part des difficultés qu’ils rencontrent, certains parlementaires ont relayé ces inquiétudes en interpellant le gouvernement sans succès.

En mai 2015, on peut regretter, une fois de plus, qu’en Guadeloupe les collectivités locales doivent supporter les coûts d’élimination des algues brunes.

Si le phénomène perdure, comment les communes et autres EPCI (communautés d’agglomération) déjà exsangues pourront t’elles maintenir cet effort financier?

Alors que l’on est si prompt à rappeler notre attachement à notre chère République, nous ne parvenons pas à rappeler à l’Etat d’exercer pleinement ses compétences régaliennes. Pourtant l’invasion des sargasses similaire à une marée noire a incontestablement un impact sur l’économie touristique, sur l’environnement et sur  la santé publique….

En fait, la gestion des sargasses illustre la crise de l’Etat Providence et nous rappelle que nous ne trouverons notre salut qu’en notre génie propre. Incontestablement, nous avons changé de monde!

Et même si on veut continuer à le nier, il est indéniable que notre modèle a vécu et que nous devons travailler à la construction d’un autre modèle plus conforme aux intérêts de nos populations.
Teddy Bernadotte est collaborateur parlementaire (de Ary Chalus, député-Maire de Baie-Mahault) et membre du CAGI- Université des Antilles